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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 06:32

Je ne comprends toujours pas les atermoiements des uns et des autres qui s'offusquent là d'un déficit démocratique quant aux votes, ici d'une manipulation perverse qui cliverait un parti en déclin, lors même que rien, décidément rien de spectaculaire n'a eu lieu ces dernières semaines au PS, rien qui mérite plus que quelques lignes, un simple petit bras de fer, une amusante partie de poker en plusieurs étapes :

d'abord les manoeuvres :

Le rassemblement astucieux, qui frise l'entourloupe, par une candidate, Ségolène Royal, de la moitié des forces militantes du PS, celles des bouches du Rhone, qui parvient à en prendre la tête lors même que ces forces mettaient comme condition son retrait. Comment est-elle parvenue à s'imposer dans les derniers jours précédents le congrès de Reims, après avoir dû apposer sa signature en 24e position sur la motion pour n'effrayer personne ? Au prix d'un compromis de placer Vincent Peillon en numéro 2 ?

De son côté, Martine Aubry, partie bien après les autres, avec beaucoup de retard, mais à la tête de l'autre moitié des forces militantes du parti, celles du Nord, qui arrive, par un tour de passe passe diabolique, à faire que Bertrand Delanoë, dont la motion était arrivée pourtant en tête, non seulement ne se présente pas au premier secrétariat et même, Jospin aidant, la soutienne...

 

2e étape, ce coup de bluff terrifiant, qui veut que le camp royal, devant la défaite, s'inquiète subitement de fraudes qui sont pourtant coutumières au PS pour contester l'élection de Martine Aubry. Il faut voir le panache de cette équipe qui se réveille trop tard pour être vraiment crédible. Et le jeu narquois du camp Aubry, qui ne prend pas le risque de contester ces fraudes, mais prend habilement Royal à son propre piège en débusquant des litiges dans le vote royaliste, allant jusqu'à jeter le doute sur les milliers de votes en Guadeloupe...

 

Entre ces étapes : des campagnes, des guerres de nerfs, de la communication, de la mauvaise foi, du bluff. Rien de particulièrement intéressant, mais qui pourtant a suscité des mots, des cris consternés et toute une agitation qui tendrait à prouver qu'il est des gens pour ne pas savoir où dépenser leur énergie.

 

On a eu droit ces derniers temps, entre autres, à la grippe aviaire, au maïs OGM, aux terroristes, aux pédophiles, aux querelles du PS, quelle sera la prochaine marotte ?

 

Après, il se trouve que, d'un point de vue personel, j'ai une certaine curiosité, assez patiente certes, puisqu'elle a au moins 10 ans, à voir ce que ferait Martine Aubry à la tête du PS...


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Published by claude pérès - dans En Ville (Politique)
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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 23:31
Je ne comprends pas cette unanimité qui veut que l'on se consterne et s'effarouche des querelles qui ont dignement sous-tendues les débats du Congrès de Reims. Qui n'y va pas de sa consternation, de son dégoût ou de sa moquerie aujourd'hui pour railler les socialistes ?

Il faut croire qu'il est des gens, et nombreux encore, pour avoir peur du débat. Qu'est-il demandé aux socialistes après tout par ces cris d'orfraie ? De marcher au pas derrière un homme ou un groupe d'hommes ? De ravaler leur salive, de renoncer à leurs espoirs et à leurs convictions, de se taire et de faire bonne figure ?

Je suis surpris et dérangé que ce pays ait un tel goût pour la dictature.

L'agitation du Parti Socialiste, ces derniers jours, est délicieuse, et même, oserais-je dire, elle est encore beaucoup trop calme et polie.

D'abord, est-il utile de souligner que les premiers à s'étonner des réticences que certains éprouvent à l'endroit de Ségolène Royal, sont les mêmes qui se précipitaient pour la moquer pendant la campagne présidentielle. Ce sont donc bien eux, s'ils n'étaient pas animés par une telle mauvaise foi, qui devraient comprendre mieux que d'autres que certains socialistes hésitent à se ranger derrière elle. Mais laissons les perdre leur temps sans en perdre avec eux.

Venons en aux déplacements de pions des uns et des autres. Si Bertrand Delanoë échoue, tout autant qu'il met en échec ce Congrès, prononçant des discours forcés et fatigués et faisant buter un rassemblement à cause du "dispositif humain", en d'autres termes refusant la candidature de Benoît Hamon, que Martine Aubry proposait, sa stratégie est pourtant celle qui se maintient le mieux, reprise même par les autres motions. Cette stratégie, préparée dès les municipales en refusant un accord avec le Modem, a consisté à dramatiser l'enjeu des alliances pour affaiblir Royal, qui avait confié sa tentative d'en passer au 2e tour des présidentielles.

Il se trouve que Royal a eu la présence d'esprit d'éviter le piège en renvoyant la question à un référendum des militants, tactique savoureuse qui dame le pion aux autres motions. Tactique inutile pourtant car c'est bien sur sa personne que se focalise les tensions, malgré les démentis que Martine Aubry répète inlassablement. Et c'est bien à cause de sa personne que les autres motions ont tenté de mettre Royal en minorité au cours de cette "nuit des longs couteaux" qui les a vus d'abord rejeter la motion E majoritaire pour tenter de discuter un autre texte, puis même organiser un conciliabule pour discuter entre eux, tenant Royal à l'écart.

Ces intrigues nocturnes n'ont abouti à rien, renvoyant chacun à ses problèmes d'orgueil ou à ses nobles convictions.

Les discours de Martine Aubry étaient très enthousiasmants à entendre, sa pensée est élaborée, ses idées sont précises, sa détermination et la détente de son style ont suscité des applaudissements, certes à Reims, en terre aubriste, tels qu'ils semblent l'avoir galvanisée. Benoît Hamon a fait aujourd'hui un discours grave, profond, et délicieusement convaincant. Ségolène Royal est restée elle-même, mal à l'aise dans les discours, avec toujours des touches de cette naïveté qui déconcerte mais participe sans doute à son immense flair qui lui fait saisir l'air du temps et s'adresser directement aux gens.

Le débat de fond est resté consensuel, chacun s'accordant sur la nécessité de "s'ancrer à gauche", sans que personne ne semble s'inquiéter de la crédibilité d'un tel ancrage, et de "renouveler" le PS, invitant le parti a se faire plus présent dans les luttes et à être fier de valeurs qui s'avèrent solides en tant de crise. On peut noter que Martine Aubry, sur ces points, s'est montrée plus précise en proposant aux collectivités locales socialistes de s'organiser à partir d'un projet déjà mûrement réfléchi. Il n'y a pas eu d'opposition féroce, d'éclats aveugles, de désaccords profonds. On peut même regretter un tel consensus qui témoigne déjà d'une mise au pas étrange.

Benoît Hamon continue donc sa percée spectaculaire en présentant sa candidature ; Martine Aubry "retrouve le plaisir de la politique" et c'est agréable à voir ; et Ségolène Royal propose une parade astucieuse qui lui permettrait de prendre la tête d'un parti qui s'apprête à connaître des moments difficiles, en ayant comme bras droit le brillant Vincent Peillon, qui donne une touche de renouvellement à sa candidature et peut très adroitement lui servir de fusible au cas où les choses tourneraient mal...

Si les conciliabules secrets ont échoué, on peut se réjouir que le dernier mot soit donné aux militants.

Bref, je ne comprends pas du tout où est le problème, qui semble indigner autant de gens, tout s'est très bien passé, trop bien même.







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Published by claude pérès - dans En Ville (Politique)
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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 23:58
Il y a un moment où, aussi indulgent qu’on puisse être, attendri même devant les agitations paniquées et spéculatives des uns et des autres, à leurs réflexes effarés ou à leur tétanie, l’impuissance à concevoir, à penser, à agir cette crise est, quand même, pathétique. Que des gens brillants puissent à ce point buter intellectuellement, il se trouve que c’est sacrément dommage. Et de voir revenir des conceptions usées, épuisées, archaïques, parfaitement étrangères aux problèmes actuels, c’est bien la preuve de l’affolement de ces gens face au blocage de leur pensée.

Que ces gens dits de droite, goupillent maladroitement des plans de sauvetages des établissements financiers, ici (aux Etats-Unis) en y allant pas à pas, timidement, avec un retard et une faiblesse désarmée, où là (en France) en faisant preuve d’une générosité inconsciente, avec pour ambition de rester aussi discrets que possible pour sauver de ce système dérégulé ce qui peut se sauver ou que d’autres dits de gauche se gargarisent prématurément en y voyant la fin d’un système délirant où l’économie virtuelle est devenue folle, il n’y a pas une personne parmi ces brillants penseurs pour faire face à ce qui s’offre sous leurs yeux, une opportunité immense de remettre en cause fondamentalement le rapport à l’économie.

A les entendre, à les voir, on pourrait bel et bien croire que la politique n’a pas été pensée depuis Marx, sans doute que les échos des travaux qui ont été menés depuis ne sont pas venus jusqu’à eux.

Penser l’économie.
Cette financiarisation de l’économie, comme c’est appelé, cette espèce de cancer autocrinien, cette abstraction virtuose, il se trouve qu’elle n’est pas venue de nulle part, qu’elle coïncide et répond précisément à tout un agencement. Elle est post-structuraliste, elle est godardienne, durassienne, lachenmannienne. Elle est, évidemment, éblouissante. Elle participe du même mécanisme que la pensée en mouvement de Deleuze. D’une part, en se déconnectant du « réel », l’économie dite financière se fabrique elle-même par elle-même, se met en abîme, de la même façon et pour les mêmes raisons qu’il a été possible pour Godard de faire un film sur faire un film, pour Duras d’écrire sur écrire, d’écrire d’écrire, et pour Lachenmann d’instrumentaliser l’instrument, de composer la composition. Avec l’émergence conceptuelle du Signifiant saussurien, c’est-à-dire le divorce conceptuel entre réel et symbolique, le symbolique s’est mis à circuler en roue libre. Le « virtuel » a pu devenir le matériau à part entière du « virtuel », tout autant que le « réel ». Il s’est avéré, précisément, que la question entre « virtuel » et « réel » ne se posait pas, que l’un est l’autre était « réalité », matériaux consistants et conséquents. Que les économistes puissent concevoir, c’est-à-dire aient à leur disposition des outils conceptuels pour fabriquer, une économie qui ne repose sur rien, qui se repose sur elle-même, à ce moment précis de l’évolution de la pensée et de la création, il se trouve que c’est la moindre des choses. D’autre part, la mobilité, la dynamique libérale de ces flux financiers, leur polymorphie, leur délire désirant dans une course indéfinie, leur fuite faite de valeurs qui n’en ont pas, qui s’entendent, qui s’accordent arbitrairement et déjà s’échappent et se trahissent, les rapports mouvementés différentiels qui s’agencent et déjà se recomposent, coïncident très précisément avec le point auquel la pensée et la création sont arrivés. Les économistes économisent comme les philosophes pensent et les créateurs créent, aujourd’hui, après l’effondrement des idéaux, la mort nietzschéenne des dieux, la lassitude rimbaldienne de la beauté et le coup fatal d’Heidegger porté aux dogmes, en mouvement, sans ne plus rien fonder.

Ne pas mesurer la virtuosité, la nécessité, la contemporanéité de l’économie dite « virtuelle », de la financiarisation du capital, c’est ne pas comprendre dans quel monde on vit. Et je vais vous dire, aujourd’hui, face à la crise, ni ceux qui sont à droite, ni ceux qui sont à gauche ne semblent rien y comprendre. Les plans mis au point par les dirigeants de « droite » amortissent la dynamique libérale, l’alourdissent, l’affaiblissent, l’épuisent et vont à son encontre en croyant la soutenir et les projets des dirigeants de « gauche » réduisent le problème à une équation marxiste d’un autre âge qui veut que l’économie doit rester « réelle », la finance au service de la production et le travail, la valeur fondamentale du capital. Ce qu’il faut voir, c’est que ces plans et projets ne sont pas autre chose que des vœux pieux, qui ne seront pas suivis d’effets, tant ils répondent à côté. Ils prennent le problème au niveau de sa parole, dans une logique de pouvoir magique de contrôle, qui n’aura, quoi qu’il en soit, aucune effectuation autre que « collatérale » comme on dit. Ce qu’il faut voir, c’est que la question de la mécanique d’abstraction de l’économie ne leur est pas posée, qu’ils peuvent nous faire part de tous les souhaits qu’ils veulent, cette mécanique ne leur demande pas leur avis, préoccupée qu’elle est à suivre le cours de ses propres effectuations, dont cette crise est un écho.

Poser le problème économique.
Quand on pense cette crise donc, il s’agit d’étudier précisément les éléments indispensables pour y voir clair et ceux qui polluent nos considérations. A cette étape, la question ne se pose pas de savoir si la libéralisation économique est une bonne chose ou pas, ni si l’Etat providence doit être renforcé, ce sont des questions dogmatiques qui n’auront aucun effet sur la crise. A cette étape, la libéralisation économique a trouvé un développement qui participe à toute l’avancée de la philosophie et de la création. Elle pourrait être immensément puissante. Elle ne semble pas pour autant s’effectuer autrement qu’en étant parfaitement impitoyable et cruelle. Je veux esquisser brièvement plusieurs points avant de les connecter.

D’abord, le concept démocratique, me paraît être celui le plus propice à la richesse d’un pays. C’est-à-dire, je pense qu’un pays a intérêt à laisser les gens libres de suivre leur propres cheminements, parce qu’ils iront beaucoup plus loin qu’en étant sans cesse rabattus, découragés, abattus par ce besoin qui les tient, ce désir de faire de l’argent. Si ce désir maintient une certaine cohésion, une certaine tranquillité, il épuise aussi toutes les forces. Il faut prendre le risque de l’erreur, de l’échec, de l’effondrement, de la perte, comme celui de la violence et de l’émeute.

Ensuite, le libéralisme économique dogmatique et anti-démocratique, comme il est organisé, ne peut pas se maintenir, parce qu’il s’effectue dans une logique de loi du plus fort. C’est son immense point faible, qui participe à l’épuisement des forces. Et si ce n’est pas l’Etat providence qui est à même de soutenir les plus faibles, si ce problème ne peut plus se poser, il est certain qu’il paraît nécessaire de reconsidérer la grille qui donne leurs valeurs aux choses et aux gens, puisqu’il se trouve que les gens ont une valeur, l’erreur se trouvant là.

Enfin, si les flux financiers circulent avec une agilité et une virtuosité réjouissantes, leurs connexions à l’économie dite « réelle » les plombent. Que ce système s’effondre, délire à nouveau, s’effondre encore, cela participe à des ajustements qui suivent leur propre logique et s’avèrent nécessaires. Il pourrait aller beaucoup plus vite, plus loin, plus fort. Le problème n’est pas dans cette cadence hystérique, mais dans les connexions de cette organisation au « réel ». La logique mécanique de l’économie dite « réelle » et celle « virtuelle » sont à ce point différentes qu’elles se court-circuitent. Celle-ci devient féroce et sanglante quand elle s’applique à celle-là, comme on commence à le voir aujourd’hui, et celle-là peinant à suivre, s’épuisant dans la course derrière celle-ci.

Le problème de la crise aujourd’hui, c’est que l’économie « réelle » ne s’est pas adaptée et s’est laissée malmenée par l’agilité de l’économie « virtuelle ».
Et le problème des plans et projets politiques qui tentent des réponses à cette crise, c’est qu’ils interfèrent dans la logique de l’économie « virtuelle » là où ils devraient mettre tous leurs moyens pour exempter l’économie « réelle » des soubresauts de celle-ci. La démarche est à ce point naïve et impuissante qu’elle ne peut être qu’imbécile.

Je propose, et je le propose avec tout mon sérieux, aussi malicieux et radical que cela soit, je propose de mettre fin à l’économie réelle, c’est-à-dire de prendre acte que l’économie n’est pas autre chose que ce qu’on appelle celle « virtuelle », d’accepter que l’économie réelle est morte et se perd dans des questions qui ne se posent plus. Je propose de faire face à cette économie de flux, une fois dégager de la pensée ces reliques de la production, du travail ou encore de l’Etat d’un autre âge, pour déterminer comment nous allons tous pouvoir enfin nous servir. Je propose de saisir la possibilité réjouissante de considérer l’argent pour ce qu’il est, pour ce qu’il apparaît de façon si flagrante être ces jours-ci : un délire. 
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Published by claude pérès - dans En Ville (Politique)
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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 18:09
Bien que la victoire d'un candidat noir soit aussi significative qu'émouvante, accueillie d'ailleurs avec une dignité surprenante par John McCain et George Bush, ce n'est pourtant pas parce qu'il est noir que Barack Obama a été élu, ce qui est sans doute d'autant plus significatif, mais bien grâce à la précision tenace du labeur de sa campagne, à laquelle pas un détail n'a échappé.

Son programme déjà était délicieusement préparé. Assez vague pour permettre à une large cible de se reconnaître, là où Hillary Clinton était trop précise pour ne pas être ennuyeuse et segmentante, il a réussi à determiner les points les plus importants et y apporter des réponses qui transformaient ses défauts en qualités.
Sa couleur de peau et son manque d'expérience auraient pu être ses principaux handicaps, mais reliés à cet immense besoin de changement, après ce qui est perçu comme l'échec de l'administration Bush, ils ont au contraire presque constitué une preuve de sa capacité à mener le pays vers une nouvelle ère.
Son vote contre la guerre en Irak a été malicieusement utilisé et complété avec sa volonté affichée de renforcer les troupes en Afghanistan, évitant le risque de paraître faible et pacifiste et soulignant l'échec de Bush dans ces deux guerres.
Son plan santé était suffisamment peu ambitieux pour ne pas effrayer les indépendants et les républicains.
Son plan fiscal était conçu pour parler aux classes moyennes, dont il a su prendre un tel soin après la crise financière, là où McCain restait silencieux, ne mentionnant même pas ces classes durant les débats.
Par contre, il est resté dans une position plus que délicate quant aux question de moeurs, incapable de donner une réponse claire et franche, sans doute intimidé par le risque de s'aliéner des électeurs. Ses positions sur la peine de mort, le contrôle des armes, le mariage gay, dieu, l'avortement, furent confuses, faibles et lâches comme on l'a vu au "forum de la foi". On pouvait même se demander s'il ne déguisait pas son point de vue. Sa "gaffe" sur les gens qui "deviennent amers et s'accrochent aux armes ou aux religions ou à la méfiance contre ceux qui ne sont pas comme eux ou au ressentiment contre les immigrants ou contre le commerce pour expliquer leurs frustrations" sonnait bien plus franche et sincère et était bien plus intéressante. Mais une campagne n'est pas conçue pour laisser les candidats être sincères ou honnêtes et un adversaire plus malin que McCain aurait su profiter du point faible d'Obama de vouloir ménager la chèvre et le chou.

Après le programme, la forme a aussi été travaillée.
Il a su utilisé son immense adresse oratoire. Il s'en est servie pour rebondir face aux attaques lancée par Hillary Clinton à propos de Jeremiah Wright et a su la calmer quand elle lui donnait l'air intellectuel et élitiste après son discours de Berlin, qui était si peu convaincant, sans doute parce qu'il n'avait pas de bonnes raisons d'être là et fut si astucieusement moqué par McCain.
Il fut capable de mélanger différents niveaux dans ses discours. Composés avec des touches de faits et de symboles, de politiques et d'émotions, de détermination et d'écoute, de promesses et de compromis, ses discours ont tous été construis sur le même schéma. Chacun d'entre eux était une histoire fabriquée pour permettre aux gens de s'identifier et d'espérer.

Mais sa campagne n'a pas non plus négligé l'essentiel d'une élection : le travail sur le terrain.
Elle a tissé une toile très serrée à travers le pays : "La campagne Obama a fragmenté le pays en une collection de champs de bataille dans les Etas hésitants, divisés eux-mêmes par zones, elles-mêmes parcelées en équipes de quartiers. (L'Ohio, par exemple, est divisé en 1231 quartiers.) Et chacune de ces équipes, si le recrutement le permet, a un chef qui, idéalement, vit dans le pâté de maisons de toutes ces portes auxquelles il faut frapper."
Ils ont aussi déployé des avocats pour contrôler les votes (5000 rien que pour la Floride), ce qu'avait négligé la campagne Kerry.
Et le choix d'Obama de se passer du financement public, et de la limite qu'il impose, lui a permis de lever une somme jamais vue dans une campagne jusqu'alors.
Ils ont mis au point une campagne marketing agressive et ont su utiliser les nouvelles technologies comme les réseaux sociaux sur internet ou les téléphones cellulaires pour tenir les gens informés et les amener à s'engager.
Ils offraient, par exemple, un diner avec Obama à condition de donner de l'argent à la campagne, ou un passe pour les coulisses de la nuit électorale; ils révélèrent le nom du vice-président choisi par sms à ceux qui avaient donné leur coordonnées, collectant ainsi une multitude de contacts; ils organisèrent des compétitions sur my.barackobama.com, comptant celui qui organisait le plus d'événements, celui qui passait le plus d'appels, celui qui frappait au plus grand nombre de portes, celui qui levait le plus de fonds... motivant ainsi les membres selon les méthodes éprouvées chez McDo ; et encouragèrent fortement les nouveaux électeurs à s'inscire.

On peut remarquer que si l'équipe d'Obama fut soucieuse du moindre détail, elle réussit à éviter les campagnes négatives, malgré les demandes insistantes de certains démocrates en Août qui appelaient à rendre les coups contre McCain (le souvenir d'un Kerry trop faible insistait). Il eut l'astuce de lancer un site pour lutter contre les rumeurs (les membres de my.barackobama.com étaint d'ailleurs incessamment invités à envoyer toutes sortes de mails de démenti à toutes sortes de gens) mais refusèrent les coups bas, comme par exemple la grossesse de la fille de Sarah Palin tenue pour être "hors limites".
Après la crise financière, l'image de sérieux d'Obama, sa dignité et son calme s'est avérée rassurante et payante.

Cette campagne fut un merveilleux déploiement d'adresse et de labeur. On peut regretter qu'à un moment où sans doute n'importe quel démocrate aurait été élu, comme Bill Clinton fut proche de le laisser entendre dans The View, que le programme de Barack Obama soit si timide et si peu ambitieux et ne profite pas d'avantage de la fatigue des républicains.

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2 novembre 2008 7 02 /11 /novembre /2008 02:08
L'équipe de McCain explose pitoyablement, cherchant à désigner Sarah Palin comme bouc émissaire, en parlant d'elle comme d'une "diva", une "dingue" ou simplement en soulignant qu'elle fait jeu à part, ce qui n'est pas complètement faux, puisqu'elle semble prendre ses distances avec ces si charmants conseillers pour se préparer pour la présidentielle de 2012 (eh oui :-). D'autres républicains quittent tout simplement le navire :


Pendant ce temps, Barack Obama renforce sa position stratégique : Il mène une campagne offensive dans les états républicains et vient de donner ses "closing arguments":


Il s'en tient à l'économie, il aurait tort de s'en privé, c'est un sujet si porteur pour lui, et insiste sur son histoire de "changement".

Il s'est ensuite offert une demie heure de publicité en prime time :


Cette publicité n'est pas faite pour surprendre, hormis son coût. Mêmes, buts, mêmes cibles, mêmes stratégies : surfer sur la vague de l'économie, séduire les états hésitants en choisissant des vrais gens vivants dans ces états (Missouri, Ohio, New Mexico) pour les témoignages et en délivrant le discours final en Floride et surtout rassurer les gens sur Barack Obama, une multitude de témoignages à l'appui.
Cette énorme chose publicitaire, dégoulinante de bonnes intentions et de violons larmoyants, évite sans doute le plus gros risque, celui de donner l'impression d'un Obama mégalo, en le mettant en scène de telle façon qu'il raconte la vie de simples gens.

D'aucuns s'épuisent vainement à décortiquer tout cela d'un point de vue politique, relevant son rétropédalage à propos du retrait des troupes en Irak, pointant la faiblesse de son plan santé par rapport à celui d'Hillary Clinton ou soulignant son incapacité à équilibrer un budget dont il va creuser le déficit.

Mais il ne s'agit plus de politique, il s'agit de divertissement, de marketing et de vénération. Barack Obama n'a pas mis au point un plan précis pour réformer son pays, il n'a en tout cas pas commencé à en détailler le début ces 2 dernières années de campagne. Il charme, il promet, il nourrit espoirs et croyances, il raconte des histoires. Et ce sont de très belles histoires en effet.
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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 02:33
Il y a quelque chose d’assez étrange et d’assez vain dans les réactions que déclenche cette crise financière et qui pointe merveilleusement un manque très précis, celui de mécanismes de pensée efficaces, dont s’occupe d’ordinaire la philosophie par exemple. Et ce à quoi on assiste face à ce manque, c’est à une opération relativement farfelue et pour le moins impuissante qui fait répondre à la chute d’un dogme, le retour à un autre dogme.

Pour être abordée par la pensée, donc, cette crise est prise par des bouts dogmatiques, des entités imaginaires, d’un côté ce qui est appelé dans les pays anglo-saxons, et depuis peu en France, la « dérégulation », que le français nommait « libéralisme », « libéralisme économique », « néo-libéralisme » et de l’autre, ce qui est désigné par le mot « socialisme » outre-atlantique, qu’on appelle ici le « communisme » ou « l’étatisme ». Qu’il faille, pour penser cette crise, avoir recours à des idéaux duels, c’est parfaitement délicieux.

Pourtant, si l’on pose un regard très précis sur le déroulement, l’effectuation de cette crise, son déclenchement ne concerne ni la « dérégulation » ni « l’étatisme ». Il se trouve qu’elle est due à l’immense sophistication des produits financiers conçus par des traders qui sont devenus de plus en plus des virtuoses de leur technique. C’est-à-dire que même dans un système régulé, les instances de contrôles, dépassées, n’y auraient vu que du feu. On pensera ce qu’on voudra de la dérégulation par ailleurs, mais elle n’a rien à voir dans cette affaire. Le problème de la dérégulation ne se pose pas.

Ici, il s’agit de voir à quoi va servir un idéal, pris dans sa fonction de principe. C’est la même fonction à l’échelle d’un Etat ou à celle d’une vie. C’est très intéressant. Cela va servir à tenter d’anticiper et de prévoir les conséquences des actes, ça a une fonction préventive. Par exemple vous êtes contre la dérégulation par principe, parce que vous pensez qu’elle aura des conséquences nocives sur l’économie. La plupart des principes et des lois sont d’ailleurs élaborés en réponse à des événements afin d’organiser leurs conséquences. « L’individu » va fonctionner par des actions qui répondent à des principes et des principes qui répondent à des actions.

Si on en revient à la crise financière afin d’être plus concret, même les plus « néo-libéraux » du gouvernement Bush ne vont pas douter un instant de la nécessité de l’Etat à intervenir et pour une raison très simple, c’est que l’Etat n’est pas intervenu en 1929 et l’on sait, et ils savent, les conséquences que ça a eu. Vous voyez : à un événement, on élabore une réponse, à un autre événement, on a recours à cette réponse qu’on avait élaborée pour un autre événement. C’est le fonctionnement des principes et des lois. C’est évidemment, vous l’aurez compris, voué à l’échec, parce qu’un événement, aussi analogue qu’il puisse être à un autre, n’est pas le même et ne nécessite pas la même réponse.

Et sans doute que, dans une certaine logique de pouvoir magique, il faut bien faire quelque chose. Il faut bien que George Bush et Henry Paulson interviennent. Mesurez leur impuissance, elle est éblouissante. Et c’est là que tout à coup ce dernier sort un plan communiste de son chapeau, un plan qui trahit tous les principes qu’il a défendu jusque-là, un plan interventionniste où l’Etat s’endette, cet Etat qui privatise l’assurance maladie, cet Etat qui laisse crever des millions de pauvres, cet Etat-là va s’endetter pour racheter les produits « toxiques » à des banques qui, quand même, ne sont pas pour rien dans ce qui leur arrive. Mesurez la précipitation et la panique de la parade. Mesurez à quel point elle est folle.

Il se trouve que ce plan de « sauvetage » a été rejeté par le Congrès américain pour des raisons plus ou moins diverses, parmi lesquelles nous retiendrons celles de certains républicains, qui pressentent l’entourloupe et dénoncent : « si l’on sauve un comportement risqué, nous verrons bientôt un comportement plus risqué encore ». La logique est imparable : déresponsabiliser les fautifs, c’est leur donner la permission de faire pire.

Là, nous entrons dans des rapports de dogme à dogme. Et là aussi, on saisit la vanité de prendre ce problème par ces deux bouts. Car ce plan pose le problème comme celui de la dérégulation et y répond par son corrélat duel : l’étatisme. Là où on aurait pu poser le problème de l’écart délirant entre l’économie virtuelle et celle réelle, là où on aurait pu poser le problème de la spéculation hystérique ou encore celui de la valorisation inconsciente de la prise de risque, etc. Un an s’est écoulé depuis le début de la crise des « subprimes », avant que ce plan si volontaire soit mis au point, un an pendant lesquels d’autres opérations ont été tentées pour éviter le pire : l’injection de flux par les banques centrales, la « nationalisation » de banques, etc… Le plan Paulson est, par ailleurs, un pari, qui s’avèrera très périlleux, l’évaluation des actifs « toxiques » restant délicate, et ne suffira peut-être pas à rétablir la confiance qui fait cruellement défaut sur les marchés.

Si ce plan est voté, ses effets porteront donc d’avantage sur les dogmes, il renforcera tout autant la dérégulation, qu’il sauve en ne la laissant pas se confronter à son effondrement, que l’étatisme, dont il rappelle la nécessité et moins probablement sur l’effectuation de la crise elle-même. Vous voyez à quel point l’opération est nulle, à quel point la pensée dogmatique est impuissante à saisir et à agir sur une réalité qui s’effectue sans elle, à quel point cette pensée est plus soucieuse de se sauver elle-même, empêtrée dans une asphyxie désirante qui reporte toujours et encore son effondrement.

Mais que cette pensée s’effondre, que ce système s’effondre avec, sa folie, ses délires. Je sais qu’il en restera quelque chose de praticable, de solide sur quoi on pourra enfin travailler.
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Published by claude pérès - dans En Ville (Politique)
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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 13:29
A 15h02, j'ai regardé le "one man show", comme c'est appelé, de Ségolène Royal au Zenith, fabuleuse façon de rebondir, de souligner toutes ses forces et ses qualités (ou ses défauts) : sincérité, naïveté, ténacité, etc... Elle surprend en étant là où on ne l'attendait plus et renchérit dans sa démarche plus moderne que jamais, touchant sans doute les personnes qui fuient la politique et rendant si poussiéreux à leurs yeux les atermoiements politiciens. Quoi qu'on en pense, cette fête est une excellente trouvaille stratégique entre démocratie et populisme.

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Published by claude pérès - dans En Ville (Politique)
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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 01:09

A 3h05, en n'écoutant que d'une oreille distraite le discours de George Bush aux Nations Unies qui avait l'air de rabâcher toujours les mêmes incantations, j'ai donc penser à autre chose...
A 3h05 et quelques secondes, je me suis dit que son discours devait être écrit très gros, puisqu'il tournait les pages après chaque phrase.
A 3h09, je me suis dit, en imaginant toute l'agitation d'une équipe pour préparer un tel discours, que ce genre de pouvoir était le délire d'un enfant-roi.

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Published by claude pérès - dans En Ville (Politique)
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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 20:36
Voir une administration comme celle de George Bush "nationaliser" deux géants du crédit hypothécaire Fannie Mae et Freddie Mac, puis l'assureur AIG et proposer un plan de 700 milliards de dollars à ce point interventionniste, c'est bien la preuve que la dérégulation des marchés était aussi peu pragmatique que le communisme...
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Published by claude pérès - dans En Ville (Politique)
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20 septembre 2008 6 20 /09 /septembre /2008 18:01
La redéfinition par l'équipe de McCain de l'idée de changement, qui constitue l'ogive de l'argumentaire de Barack Obama, pour la faire coïncider avec ce leitmotiv qui veut que McCain soit non-conformiste est un truc très astucieux de stratégie politique. Le changement selon le camp républicain est devenu la capacité à réformer au-delà des lignes partisanes, comme Tim Pawlently le martèle dans cette interview.

Cette redéfinition contourne les problèmes que McCain a avec sa base conservatrice en les mettant sur le compte d'une indépendance, qui est la preuve, donc, d'une capacité de changement.

Le piège se referme sur Obama, qui, dans cet extrait d'une interview, lutte contre cette subtile confusion, essaie de préserver sa propre définition du changement en la distinguant d'une question partisane et, puisqu'il est attendu sur ce point, tente de trouver un équilibre pour convaincre de sa capacité à réunir sans pour autant s'aliéner sa propre base.



L'habileté de la tactique est délicieuse et impitoyable qui grignote les marges d'Obama et lui confisque ses points les plus forts en les redéfinissant.
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