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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 02:05

  Ce qui est intéressant à voir dans une critique, n’importe laquelle, je pense que ça marche pour toutes, il faudrait vérifier, c’est la génération de principes, de morale, auquel ça se livre forcément. C’est génial, il faut voir ce que c’est une critique, c’est assez insidieux, c’en est d’autant plus efficace, c’est quelque chose qui pose des principes et des valeurs en axiomes référents et qui situe tout par rapport à eux. La critique de films ou le jugement de je ne sais quoi, ce n’est que ça, une question de rapports situationnels et d’axiomes. Alors vous allez avoir un type qui va comme ça regarder un film et pour en dire quelque chose, n’est-ce pas, il va le passer à sa grille de lecture. Il y a une échelle de valeurs qui se dessine par contraste comme ça, une affirmation, une réaffirmation de ce en quoi le type critique croit. Je veux dire, ce dont le type parle, il faut quand même insister, c’est important, c’est de sa foi dans le cinéma plus que du film qui lui sert de prétexte pour la ressortir des tiroirs de ses convictions.

  Ce que j’aimerais pointer dans cette démarche, ce n’est pas tant la caducité des axiomes, ni celle des croyances, vous devez mesurer à quel point ce serait un jugement axiomatique aussi, non, non… je voudrais simplement me mettre au niveau où ça s’organise pour voir. Et là, à ce niveau, ce que j’observe, c’est exquis, c’est donc un type critique qui s’organise et qui tout à coup, en proie à la terreur de sa fongibilité, va avoir un réflexe de pouvoir magique et poser sa propre organisation, quelque chose qui vraiment ne concerne que lui, qu’elle soit faite de croyances, d’espoir, d’intentions quelconques, peu importe, dans un rapport qui le fonde en tant qu’un être-mort. J’épingle en passant l’égotisation du processus, le gonflement de la bulle d’ego, la même que celle de n’importe quel fou. Il y a des moments, par exemple là, où on peut rire aussi tellement c’est drôle.

  Alors, ce sur quoi bute une société, et avec une critique, on est en plein dedans, c’est forcément ce problème qui pose une organisation quelconque, qui vaut n’importe quelle autre organisation, en idéal axiomatique. Mais là, on ne le prend pas par le bout de l’idéal « société » qu’il faudrait d’abord fonder pour pouvoir le dénoncer, là on le prend là où la société s’effectue, dans des rapports d’humains à humains ou d’êtres-morts à êtres-morts. Là on voit, c’est très concret, un corps qui s’organise dans toute sa puissance afonctionnelle, et qui, à un moment, va poser son organisation, va organiser son organisation, pour se donner du courage, pour y voir plus clair, pour la contrôler aussi.

  Bon, ça pose évidemment une question, qui est, pour faire simple : est-ce qu’on peut se passer de ce réflexe axiomatique, est-ce qu’on peut en quelque sorte s’organiser à l’arrache, un peu comme ça sans trop rapporter tout à quelques principes cadres ? Et là, je vais vous dire, je ris dans ma barbe un peu, que, vous savez, concrètement, ce n’est pas avec des axiomes que l’on vit… Je veux dire, on s’en passe déjà. Vous avez une couche comme ça de discours, c’est une couche, c’est assez dense, c’est un peu comme un nid ou de la corne, c’est fait de cellules mortes, de merde, vous voyez ça fait barrage, une cascade fourmillante d’échos de sens et puis vous avez des mouvements d’effectuations qui font feu de tout bois et qui ne tiennent pas compte un instant d’aucun principe d’aucune sorte. J’ai expliqué dans une étude, celle parue dans Le Grognard, à quel point une révolution ignore les idéaux, le discours, qu’elle brandit pour s’effectuer. Vous prenez n’importe quelle organisation, la vôtre, une que vous observez, vous ne la voyez pas dirigée par des principes, regardez bien, insistez d’avantage, vous voyez tout autre chose, vous voyez une organisation s’effectuer, qui va utiliser des principes quand ça l’arrange, comme elle va utiliser de la nourriture, des vêtements, du bois, des outils, d’autres principes, tout ce qui va pouvoir lui servir. Là je pointe ce qui est appelé « paradoxes » ou « contradictions » ou « pragmatisme », on y est précisément. A quel point les gens sont malheureux de ne pas tenir leurs principes, oui, évidemment, regardez les régimes alimentaires par exemple, c'est drôle, parce qu’ils ne comprennent pas que ça ne marche pas du tout comme ça. Vous n’allez pas répandre les droits humains et avoir une société de droits humains comme ça, toute fabriquée de toutes pièces, ou alors oui dans un monde de paroles, oui, dans un monde d’esprits sans corps, de fantômes, un monde, donc, qui n’existe pas : le monde humain. Mais là, on n’y est pas du tout, bien sûr. Et ce n’est même pas intéressant à concevoir. Il faut reconsidérer tout ça dans une autre perspective, sinon on n’en sort jamais, c’est désastreux à la fin. Vous avez un truc qui s’appelle l’intellect ou autre qui est une possibilité du corps, comme les muscles, les sens, etc, et alors cette possibilité, elle n’est pas rien, mais elle n’est pas tout non plus, elle est parmi toutes les possibilités et sa production parmi toute l’organisation du corps. Je ne suis pas certain que vous mesuriez la révolution de cette conception qui ne balaie pas le discours comme l’existentialisme a pu le faire, mais qui ne le pose pas non plus comme l’âge classique, qui le prend, pour ce que c’est, une possibilité organisationnelle parmi d’autres.

  Enfin bref, si j’en reviens à nos moutons, une critique de films, je demanderais jusqu’à quel point quelqu’un va pouvoir dire « ça c’est bien, ça c’est dégueulasse », comme ça, sans rentrer forcément dans une logique fasciste et anorexique. Par exemple, c’est injuste ce que j’ai dit sur Bruce Weber. Et en même temps, il y a trois films comme ça, parmi les milliers de films que j’ai vus, dont j’ai trouvé la méthode gerbante, donc je ne vais pas rien dire non plus. Je suppose que je vais m’y prendre autrement, que je ne vais pas du tout aller dans un truc qui dirait « on ne peut pas faire ça ou ça c’est mal », je veux dire ce Bruce Weber, c’est un mec qui a organisé les funérailles de Chet Baker, vous voyez, il était un peu dévoué, ce n’est pas un sale mec, alors si ces gens, pour eux l’amitié, c’est ça, pourquoi pas, je m’en fous en fait. Mais, je suppose que, ça peut ne pas être inutile de dire « là, je vois de la manipulation », « là, cette méthode, elle a forcément des effectuations désastreuses dans une famille… aller faire parler les enfants d’un type, je ne pense pas que ça puisse donner un résultat fiable. » Vous voyez, là je ne pose pas les trucs, je propose simplement mes observations sur une organisation que je ne juge pas, mais dont je détermine les possibilités d’effectuations. Après, les gens, ils restent évidemment, de toute façon, libres de se rouler dans ce que je trouve, moi, être de la merde.
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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 01:56
 

  D’abord, ça n’a pas de sens pour moi, de prendre ma plume et de passer mes nerfs sur un truc comme par exemple un film pourri, parce que vraiment j’ai autre chose à faire, je préfère ne pas dépenser inutilement mon énergie pour garder mes forces pour mon travail ou pour rire ou pour… Mais bon, je ne sais pas, je crois quand même que quand quelqu’un non seulement fouille la merde mais vous l’étale dessus, je crois qu’on peut dire NON aussi, assez simplement, non là vraiment Bruce Weber, sale raclure, va vomir ailleurs avec ton film « let’s get lost », portrait injuste de ce malheureux Chet Baker.

  Alors je ne sais pas si ce type est complètement imbécile ou pervers, et je crois que ça n’est pas tellement mon problème, ce que je vois, avec ce film, c’est en tout cas un regard débile et abruti, complètement ravi par la contemplation de sa propre image, puisqu’il se trouve que le regard d’un photographe, ça donne des images, c’est même son métier, et que Bruce Weber, il regarde son regard, ébahi par ses jeux de lumière, son époustouflant noir et blanc argenté, tout ce qui brille, clinque, bluffe, sans se préoccuper de ce sur quoi il le pose.

  Là où c’est un film complètement pervers et malsain, c’est que ça commence vraiment l’air de rien : gros plans sur le visage dans l’ombre de Chet Baker en voiture, Chet Baker en studio, témoignages de fans sur Chet Baker « l’immense », « l’unique » musicien… Vous avez comme ça une espèce d’idolâtrie qui se monte, une légende d’un type béni par les dieux, un truc incroyablement infantile, toujours le même, le mythe de la « star » tellement mieux que le « commun des mortels »… Et puis, comme l’idéalisation, ça n’est pas praticable, vous avez un pendant binaire à ça, forcément, qu’on nous rabâche depuis Marilyn Monroe censée être « plus belle » et « plus malheureuse » que tout, qui fonctionne comme le complexe œdipien, en réponse à l’idéalisation : la haine, la misère. Je suppose que ce processus hystérique, qui monte des idoles pour les brûler, doit sans doute passer inaperçu aux yeux d’une société éblouie par ses stars dont elle ne comprend toujours pas qu’il faut leur couper la tête une bonne fois pour toutes. Vous ne pouvez pas avoir une vie praticable si vous prenez certaines personnes et délirez dessus pour en faire autre chose que ce qu’elles sont, merde alors, c’est injuste pour tout le monde ça, mais bon… Alors que des femmes viennent témoigner que Chet Baker, elles n'en avaient vraiment rien à faire, mais que se faire baiser par une star, c’est génial, chez moi c’est vomitif à entendre, mais pas chez Bruce Weber, qui va aller les chercher une à une pour les faire révéler les ragots les plus indignes possibles. Et là, sournoisement, insidieusement, les pires horreurs sont assénées sur un mec fatigué, épuisé par la vie, complètement pris au piège par un dispositif dont il ignore tout.

  C’est le regard de Bruce Weber qui est répugnant déjà, ce mélange d’idolâtrie pour un mythe et cette curiosité malsaine pour les détails les plus sordides de la personne. Mais, après tout, que ce film parle plus de celui qui l’a fait que du sujet traité, ça n’est pas pour nous surprendre. Il se trouve que nous aussi, à sa suite, on ne voit rien d’autre que son propre regard, précisément on le regarde se regarder. On oublie donc vite ce qui se dit sur Chet Baker pour se concentrer sur la médiocrité désastreuse de Bruce Weber, impatient que ces deux longues heures passent et le dégoût qu’elles inspirent avec. Mais ce film inconsistant et bête, qui n’a pas d’autres qualités que l’esthétisme, si c’en est une, ne pose pas seulement un problème de regard et ne fait pas que renvoyer Bruce Weber à lui-même. Ce sont les méthodes qui se déploient sous nos yeux qui sont pires que tout, le piège qui se referme sur le film, sur Chet Baker et sur nous.

  Ainsi sur un gros plan du visage de la mère du musicien, peut-on entendre cette question sur un ton qui ne semble même pas se rendre compte de son énormité : « Il a reçu beaucoup de récompenses en tant qu’artiste, mais en tant que fils, il vous a déçue ? ». Le refrain obsédant du film reprend, le duel binaire « artiste légendaire / ordure humaine », que Bruce Weber ne lâchera pas, prêt à toutes les bassesses pour nourrir son parti pris. C’est ainsi qu’il va trouver une ancienne femme de Chet Baker qui refuse de témoigner. Tout enthousiaste qu’il est, il coupe la caméra, lui apprend qu’il a rencontré la femme pour qui le musicien l’a quittée, ravive ses blessures et sa colère et rallume sa caméra, gourmand de ce qu’elle va enfin révéler… et puis, le pas est franchi, ça s’emballe, plus rien ne l’arrête, il va aller jusqu’à interroger les enfants.

  Comment peut-il se livrer à une telle manipulation ? Sans doute ne se rend-il même pas compte de la gravité de l’acte, tout absorbé qu’il est par lui-même et par son excitation de faire un scoop. Bruce Weber est un esthète sans talent, sans réflexion aucune, dont les méthodes sont contraires à toute déontologie. Et que la joliesse creuse des images, le ton faussement léger et inconséquent ne trompent pas, ce film ne nous roule pas dans la farine, mais dans la merde.

  A la fin, ignorant tout de l’accumulation de témoignages à charge auquel ce film s’est livré, ne pouvant se défendre, donner son point de vue, privé du moindre droit de réponse, Chet Baker, les yeux lourds de fatigue, sourit en repensant aux images qu’il a tournées : sur la plage, dans des autos tamponneuses, à Cannes ou en studio… s’imaginant un film doux, ni élogieux sur son talent, ni injuste sur sa personne, un regard humain, simple, bienveillant posé sur lui, des instants de vie, parfois joyeux, parfois terribles, bref le film que nous aussi, comme lui, on aurait aimé voir.

  Et puis les deux heures sont passées enfin, on se dit qu’on devrait sans doute rire devant le spectacle d’un sottise aussi immense, on se réjouit de ne pas avoir Bruce Weber pour « ami » et on se dépêche pour rattraper les deux heures qu’on vient de perdre.
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5 octobre 2007 5 05 /10 /octobre /2007 00:31
Mychal Bell, l'un des six de Jena, est rentré chez lui après 10 mois de prison et dans l'attente d'un nouveau jugement, d'un tribunal pour mineurs cette fois. Plus de détails ici et ...

30 000 personnes, venues par bus entiers, avaient débordé les rues de cette ville de 3000 habitants lors d'une marche de protestation le 20 septembre.




Durant l'été, l'arbre a discrètement été coupé. Si tant est que la disparition d'un tel arbre puisse rester discrète...

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25 septembre 2007 2 25 /09 /septembre /2007 03:16

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19 juillet 2007 4 19 /07 /juillet /2007 12:02

 


Tout commence à la rentrée 2006, avec un jeune noir qui demande s'il peut lui aussi s'installer sous l'arbre centenaire de la cour de l'école de Jena en Louisiane, sous l'ombre duquel les élèves blancs déjeunent depuis des dizaines d'années, et se termine par des poursuites contre 6 adolescents pour "coups et blessures aggravés" et "complot" , après des mois de tensions et de menaces racistes qui rappellent que le temps de la ségrégation est encore très présent dans les mémoires des Etats-Unis du Sud. Après un procès baclé dans une justice de riches, durant lequel l'avocat commis d'office n'a fait appeler aucun témoin, n'a pas contesté la blancheur des jurés (qui ont délibéré moins de trois heures), n'a pas non plus soulevé les contradictions entre les témoins à charge,  Mychal Bell attend sa sentence prévue pour la fin du mois qui pourrait le laisser en prison pour plus de 20 ans. Le Monde relate cette affaire en détails, le Chicago Tribune plus brièvement. Une pétition est en ligne ici.
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13 juin 2007 3 13 /06 /juin /2007 02:52

 




"Au moins 3 861 personnes ont été condamnées à mort, dans 55 pays.Ces chiffres étaient vraisemblablement très en deçà de la réalité. La grande majorité des exécutions – 90 p. cent – ont eu lieu dans cinq pays seulement : la Chine, les États-Unis, l’Irak, l’Iran et le Pakistan." Rapport 2007 d'Amnesty International
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12 juin 2007 2 12 /06 /juin /2007 20:58

 

  C’était trop tentant pour que je résiste, jouer au jeu du bac philo, j’ai fait comme tout le monde, comme cette charmante jeune femme en vidéo, qui est auteure je crois, je n’ai pas pu m’en empêcher…
  Evidemment, j’ai voulu répondre à tous les sujets en même temps, et puis j’ai laissé celui sur le travail de côté, même si une réflexion sur le statut social de l’individu eut été bienvenue dans l’articulation de mon argumentaire. Je ne traite donc que des deux premiers...
   J’ai pensé à m’appuyer sur les travaux de Lacan, bien sûr, mais décidément, je ne suis pas universitaire, c’est une façon de s'exprimer et de penser, et donc de ne pas s'exprimer et de ne pas penser, que je n’ai pas envie d'avoir. Je vous invite donc à la lecture précieuse du tome sur la relation d’objet du Séminaire…
  Et puis, comme je n’ai plus 18 ans depuis un moment, j’ai le luxe de n’avoir rien à prouver à personne, alors…
  A ce propos, puisqu’on parle d’examen, et de respecter ou non les règles, j’ai en tête cette phrase : « L’examen combine les techniques de la hiérarchie qui surveille et celles de la sanction qui normalise » (M. Foucault, Surveiller et Punir)
  Je vous renvoie aussi en lien aux propositions d’universitaires justement, pour chaque sujet, certainement bien plus pertinentes que la mienne.


Les sujets, donc :
«Le désir peut-il se satisfaire de la réalité ? »
«Toute prise de conscience est-elle libératrice ?»
«Que gagnons-nous à travailler ?»



  Le désir, ce n’est pas la réalité, c’est même tout sauf la réalité, ou plutôt la réalité est tout sauf le désir. Dans la réalité, j’ai des besoins, je les assouvis et je meurs. Précisément, je tends à assouvir mes besoins pour me maintenir en vie jusqu’à ce que je meurs de les avoir assouvis, parce qu’au moment où je jouis, ma vie individuelle disparaît dans la reproduction et la survie de l’espèce. La réalité, c’est la mort d’un individu et la survie d’une espèce. Le désir, c’est tout le contraire, c’est la vie entière d’un individu, tout le sens après lequel il court pour échapper à la mort et justifier le leurre que sa vie individuelle est nécessaire à la survie de l’espèce pour en retarder l’échéance.

  Le désir se manifeste donc dans cette marge individuelle pour la maintenir et lui donner un sens qu’elle n’a pas dans la réalité : parce qu’il y a un individu qui ne se résigne pas à mourir, qui ne se résigne pas à ne compter pour rien, il y a désir et parce qu’il y a désir, il y a un individu. L’individualité s’élabore en résistance à la réalité, en manquant la réalité par le désir.

  Je désire forcément ce dont je manque et je manque ce que je désire, parce que désirer, c’est manquer, faire défaut et rater. Dès lors, le désir tourne à vide et s’épuise à donner un sens illusoire et imaginaire à l’individualité en devenant le lieu d’émergence du sens et du langage. Encore une fois, j’ai besoin de croire que ma vie individuelle a un sens, n’importe lequel pourvu qu’il me maintienne dans l’illusion qu’elle est nécessaire à la survie de l’espèce. Le désir, ce n’est jamais qu’une question de croyance.

  Le langage participe donc à la résistance à la réalité en s’enchevêtrant avec le désir. D’abord, je parle pour exprimer mon manque, pour désigner ce dont je manque, ce qui n’est pas là, sinon je ne parlerais pas, je le montrerais, et je n’en manquerais pas. Le langage n’est jamais que l’expression du désir, ou même la fabrication du désir, c’est-à-dire qu’il émerge à échelle individuelle, en marge de l’espèce. Ce n’est pas parce que des peuples entiers parlent la même langue, que même je parle la langue de peuples entiers, que le langage est affaire d’espèce, au contraire, chaque parole est un espoir individuel tragique de se faire entendre et de compter pour l’espèce. Ce que je raconte ici en constitue un exemple.

  Ensuite, ce que je crois être une prise de conscience n’est en fait qu’un sens individuel que je donne à quelque chose, faisant tomber tout le reste dans l’inconscient. Je cours après mon inconscient, comme mon désir court après mon manque, plus je prends conscience, plus j’alimente mon inconscient, me maintenant dans une illusion qui tourne à vide. Et surtout plus je fabrique du sens, plus je prends conscience à échelle individuelle, plus j’enterre ma mort au regard de l’espèce dans l’inconscient, que je couvre par ma parole. Prendre conscience, ce n’est pas se libérer, mais s’acharner à rester dans une illusion qui se nourrit d’elle-même.

  Je suis animé par un désir de rester en vie, en marge de l’espèce, à échelle individuelle et le langage que je fabrique à partir de mon individualité me maintient en vie en me permettant de ne pas prendre conscience de la survie de l’espèce. Je désire et je parle, parce que j’ai une existence individuelle dont il faut bien que je fasse quelque chose une fois que la survie de l’espèce est assurée. Seulement voilà, ce dont je n’ai pas conscience, qui est plus important que tout, c’est de la liberté infinie dont je dispose à échelle individuelle, précisément parce que la survie de l’espèce est assurée : dès lors que je prends conscience que je ne compte pour rien, je peux tout. En d’autres termes dès lors que je meurs, je peux enfin vivre…


   Par ailleurs, pendant que j'y pense, 10 millions de chinois se sont présentés, il y a quelques jours, à l’examen d’admission à l’Université, soutenus par des parents inquiets, dont quelques uns ont même réussi à faire changer le plan de vol d’un avion pour que le bruit ne perturbe pas l’oral d’anglais du centre d’examen qu’il devait survoler, si, si : la preuve...

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11 juin 2007 1 11 /06 /juin /2007 19:34
    Je ne dirai pas que le cinéma industriel, la musique binaire et la télévision sont l’opium du peuple, je n’ai pas besoin de me fatiguer à le dire, Patrick Le Lay, PDG de TF1 jusqu'à peu, le dit mieux que moi dans un ouvrage destiné aux grands patrons, cité par Serge Halimi en avril dans le Monde Diplomatique : « Nos émissions ont pour vocation de rendre [le cerveau] disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible ».
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