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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 23:31
Je ne comprends pas cette unanimité qui veut que l'on se consterne et s'effarouche des querelles qui ont dignement sous-tendues les débats du Congrès de Reims. Qui n'y va pas de sa consternation, de son dégoût ou de sa moquerie aujourd'hui pour railler les socialistes ?

Il faut croire qu'il est des gens, et nombreux encore, pour avoir peur du débat. Qu'est-il demandé aux socialistes après tout par ces cris d'orfraie ? De marcher au pas derrière un homme ou un groupe d'hommes ? De ravaler leur salive, de renoncer à leurs espoirs et à leurs convictions, de se taire et de faire bonne figure ?

Je suis surpris et dérangé que ce pays ait un tel goût pour la dictature.

L'agitation du Parti Socialiste, ces derniers jours, est délicieuse, et même, oserais-je dire, elle est encore beaucoup trop calme et polie.

D'abord, est-il utile de souligner que les premiers à s'étonner des réticences que certains éprouvent à l'endroit de Ségolène Royal, sont les mêmes qui se précipitaient pour la moquer pendant la campagne présidentielle. Ce sont donc bien eux, s'ils n'étaient pas animés par une telle mauvaise foi, qui devraient comprendre mieux que d'autres que certains socialistes hésitent à se ranger derrière elle. Mais laissons les perdre leur temps sans en perdre avec eux.

Venons en aux déplacements de pions des uns et des autres. Si Bertrand Delanoë échoue, tout autant qu'il met en échec ce Congrès, prononçant des discours forcés et fatigués et faisant buter un rassemblement à cause du "dispositif humain", en d'autres termes refusant la candidature de Benoît Hamon, que Martine Aubry proposait, sa stratégie est pourtant celle qui se maintient le mieux, reprise même par les autres motions. Cette stratégie, préparée dès les municipales en refusant un accord avec le Modem, a consisté à dramatiser l'enjeu des alliances pour affaiblir Royal, qui avait confié sa tentative d'en passer au 2e tour des présidentielles.

Il se trouve que Royal a eu la présence d'esprit d'éviter le piège en renvoyant la question à un référendum des militants, tactique savoureuse qui dame le pion aux autres motions. Tactique inutile pourtant car c'est bien sur sa personne que se focalise les tensions, malgré les démentis que Martine Aubry répète inlassablement. Et c'est bien à cause de sa personne que les autres motions ont tenté de mettre Royal en minorité au cours de cette "nuit des longs couteaux" qui les a vus d'abord rejeter la motion E majoritaire pour tenter de discuter un autre texte, puis même organiser un conciliabule pour discuter entre eux, tenant Royal à l'écart.

Ces intrigues nocturnes n'ont abouti à rien, renvoyant chacun à ses problèmes d'orgueil ou à ses nobles convictions.

Les discours de Martine Aubry étaient très enthousiasmants à entendre, sa pensée est élaborée, ses idées sont précises, sa détermination et la détente de son style ont suscité des applaudissements, certes à Reims, en terre aubriste, tels qu'ils semblent l'avoir galvanisée. Benoît Hamon a fait aujourd'hui un discours grave, profond, et délicieusement convaincant. Ségolène Royal est restée elle-même, mal à l'aise dans les discours, avec toujours des touches de cette naïveté qui déconcerte mais participe sans doute à son immense flair qui lui fait saisir l'air du temps et s'adresser directement aux gens.

Le débat de fond est resté consensuel, chacun s'accordant sur la nécessité de "s'ancrer à gauche", sans que personne ne semble s'inquiéter de la crédibilité d'un tel ancrage, et de "renouveler" le PS, invitant le parti a se faire plus présent dans les luttes et à être fier de valeurs qui s'avèrent solides en tant de crise. On peut noter que Martine Aubry, sur ces points, s'est montrée plus précise en proposant aux collectivités locales socialistes de s'organiser à partir d'un projet déjà mûrement réfléchi. Il n'y a pas eu d'opposition féroce, d'éclats aveugles, de désaccords profonds. On peut même regretter un tel consensus qui témoigne déjà d'une mise au pas étrange.

Benoît Hamon continue donc sa percée spectaculaire en présentant sa candidature ; Martine Aubry "retrouve le plaisir de la politique" et c'est agréable à voir ; et Ségolène Royal propose une parade astucieuse qui lui permettrait de prendre la tête d'un parti qui s'apprête à connaître des moments difficiles, en ayant comme bras droit le brillant Vincent Peillon, qui donne une touche de renouvellement à sa candidature et peut très adroitement lui servir de fusible au cas où les choses tourneraient mal...

Si les conciliabules secrets ont échoué, on peut se réjouir que le dernier mot soit donné aux militants.

Bref, je ne comprends pas du tout où est le problème, qui semble indigner autant de gens, tout s'est très bien passé, trop bien même.







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Published by claude pérès - dans En Ville (Politique)
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