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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 18:09
Bien que la victoire d'un candidat noir soit aussi significative qu'émouvante, accueillie d'ailleurs avec une dignité surprenante par John McCain et George Bush, ce n'est pourtant pas parce qu'il est noir que Barack Obama a été élu, ce qui est sans doute d'autant plus significatif, mais bien grâce à la précision tenace du labeur de sa campagne, à laquelle pas un détail n'a échappé.

Son programme déjà était délicieusement préparé. Assez vague pour permettre à une large cible de se reconnaître, là où Hillary Clinton était trop précise pour ne pas être ennuyeuse et segmentante, il a réussi à determiner les points les plus importants et y apporter des réponses qui transformaient ses défauts en qualités.
Sa couleur de peau et son manque d'expérience auraient pu être ses principaux handicaps, mais reliés à cet immense besoin de changement, après ce qui est perçu comme l'échec de l'administration Bush, ils ont au contraire presque constitué une preuve de sa capacité à mener le pays vers une nouvelle ère.
Son vote contre la guerre en Irak a été malicieusement utilisé et complété avec sa volonté affichée de renforcer les troupes en Afghanistan, évitant le risque de paraître faible et pacifiste et soulignant l'échec de Bush dans ces deux guerres.
Son plan santé était suffisamment peu ambitieux pour ne pas effrayer les indépendants et les républicains.
Son plan fiscal était conçu pour parler aux classes moyennes, dont il a su prendre un tel soin après la crise financière, là où McCain restait silencieux, ne mentionnant même pas ces classes durant les débats.
Par contre, il est resté dans une position plus que délicate quant aux question de moeurs, incapable de donner une réponse claire et franche, sans doute intimidé par le risque de s'aliéner des électeurs. Ses positions sur la peine de mort, le contrôle des armes, le mariage gay, dieu, l'avortement, furent confuses, faibles et lâches comme on l'a vu au "forum de la foi". On pouvait même se demander s'il ne déguisait pas son point de vue. Sa "gaffe" sur les gens qui "deviennent amers et s'accrochent aux armes ou aux religions ou à la méfiance contre ceux qui ne sont pas comme eux ou au ressentiment contre les immigrants ou contre le commerce pour expliquer leurs frustrations" sonnait bien plus franche et sincère et était bien plus intéressante. Mais une campagne n'est pas conçue pour laisser les candidats être sincères ou honnêtes et un adversaire plus malin que McCain aurait su profiter du point faible d'Obama de vouloir ménager la chèvre et le chou.

Après le programme, la forme a aussi été travaillée.
Il a su utilisé son immense adresse oratoire. Il s'en est servie pour rebondir face aux attaques lancée par Hillary Clinton à propos de Jeremiah Wright et a su la calmer quand elle lui donnait l'air intellectuel et élitiste après son discours de Berlin, qui était si peu convaincant, sans doute parce qu'il n'avait pas de bonnes raisons d'être là et fut si astucieusement moqué par McCain.
Il fut capable de mélanger différents niveaux dans ses discours. Composés avec des touches de faits et de symboles, de politiques et d'émotions, de détermination et d'écoute, de promesses et de compromis, ses discours ont tous été construis sur le même schéma. Chacun d'entre eux était une histoire fabriquée pour permettre aux gens de s'identifier et d'espérer.

Mais sa campagne n'a pas non plus négligé l'essentiel d'une élection : le travail sur le terrain.
Elle a tissé une toile très serrée à travers le pays : "La campagne Obama a fragmenté le pays en une collection de champs de bataille dans les Etas hésitants, divisés eux-mêmes par zones, elles-mêmes parcelées en équipes de quartiers. (L'Ohio, par exemple, est divisé en 1231 quartiers.) Et chacune de ces équipes, si le recrutement le permet, a un chef qui, idéalement, vit dans le pâté de maisons de toutes ces portes auxquelles il faut frapper."
Ils ont aussi déployé des avocats pour contrôler les votes (5000 rien que pour la Floride), ce qu'avait négligé la campagne Kerry.
Et le choix d'Obama de se passer du financement public, et de la limite qu'il impose, lui a permis de lever une somme jamais vue dans une campagne jusqu'alors.
Ils ont mis au point une campagne marketing agressive et ont su utiliser les nouvelles technologies comme les réseaux sociaux sur internet ou les téléphones cellulaires pour tenir les gens informés et les amener à s'engager.
Ils offraient, par exemple, un diner avec Obama à condition de donner de l'argent à la campagne, ou un passe pour les coulisses de la nuit électorale; ils révélèrent le nom du vice-président choisi par sms à ceux qui avaient donné leur coordonnées, collectant ainsi une multitude de contacts; ils organisèrent des compétitions sur my.barackobama.com, comptant celui qui organisait le plus d'événements, celui qui passait le plus d'appels, celui qui frappait au plus grand nombre de portes, celui qui levait le plus de fonds... motivant ainsi les membres selon les méthodes éprouvées chez McDo ; et encouragèrent fortement les nouveaux électeurs à s'inscire.

On peut remarquer que si l'équipe d'Obama fut soucieuse du moindre détail, elle réussit à éviter les campagnes négatives, malgré les demandes insistantes de certains démocrates en Août qui appelaient à rendre les coups contre McCain (le souvenir d'un Kerry trop faible insistait). Il eut l'astuce de lancer un site pour lutter contre les rumeurs (les membres de my.barackobama.com étaint d'ailleurs incessamment invités à envoyer toutes sortes de mails de démenti à toutes sortes de gens) mais refusèrent les coups bas, comme par exemple la grossesse de la fille de Sarah Palin tenue pour être "hors limites".
Après la crise financière, l'image de sérieux d'Obama, sa dignité et son calme s'est avérée rassurante et payante.

Cette campagne fut un merveilleux déploiement d'adresse et de labeur. On peut regretter qu'à un moment où sans doute n'importe quel démocrate aurait été élu, comme Bill Clinton fut proche de le laisser entendre dans The View, que le programme de Barack Obama soit si timide et si peu ambitieux et ne profite pas d'avantage de la fatigue des républicains.

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Published by claude pérès - dans En Ville (Politique)
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