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8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 02:15
 

Sophie Calle - Souci
 
  De toutes façons c’est très simple, vous avez une logique de situation, et par ailleurs, pas d’un autre côté, ni par opposition, non, ailleurs, vous avez une logique de fonctionnement. Il faut voir que ça se chevauche, ça se croise, ça se recoupe, ça s’éloigne aussi. C’est complètement indépendant, ça n’a même rien à voir du tout, mais ça peut se brancher aussi. Alors je ne sais pas, si je prends une image par exemple, vous voyez ça peut être un signe, c’est situé, ça renvoie à autre chose ou ça peut être un signal, et un signal ça fonctionne. Bon, il y a un moment où le signal va signaler quelque chose, fonctionner en situant et faisant sens, et il y a un moment où le signe va situer en fonctionnant, et puis il y a d’autres moment où le signal n’a aucun sens, fonctionne et c’est tout et où le signe ne fonctionne plus tellement il fait sens. C’est vraiment parce que ça n’a rien à voir que tout à coup le signe va se mettre à fonctionner, ou le signal à faire sens, parce que ça va être branché sur la situation ou le fonctionnement et puis ça se débranche, ça fait autre chose. Et même le signe et le signal, là quand même c’est très drôle, c’est la même chose, prise à un moment dans le courant de la situation, ou dans celui du fonctionnement.

  Alors c’est tellement la même chose que eh bien une personne humaine elle va fonctionner socialement parce qu’elle se situe en fabriquant du sens et elle va fabriquer du sens pour se situer pour être fonctionnelle, trouver sa fonction immortelle dans la foule de la survie de mort. On a complètement perdu le fil là, mais ce n’est pas grave du tout, ce qui reste, c’est ce qui est nécessaire. Vous voyez, c’est magnifique, parce que ça se court-circuite complètement, ce corps, ces cellules qui se régénèrent, ce sang qui baigne les organes, ces poumons qui se gorgent d’air, ce corps-là qui fonctionne de mourir et puis alors bon cette fabrication hallucinante de sens comme ça. Il faut voir ce que c’est le sens, je vais vous dire, c’est dingue, ce qui fait comme ça qu’on fabrique cette profusion assommante de sens, c’est qu’on ne se résout pas à ce que l’autre nous échappe, à ce qu’on échappe à l’autre, on peut dire aussi à ce que l’autre ou soi mourons. Il faut voir que le sens, c’est forcément aliénant, parce que c’est un ensemble palliatif déployé pour conjurer la… - là c’est interchangeable : - l’altérité, la liberté, la périssabilité de l’autre, de soi, etc. Ce n’est pas tellement qu’avec le sens on prend conscience par exemple de mourir ou de je ne sais quoi, la conscience, c’est une fabrication, ça n’a jamais rien fait fonctionner, personne n’a conscience de mourir, précisément, les gens fabriquent leur conscience dans l’espoir de conjurer le sort, c’est magique la conscience, c’est incantatoire, c’est du vaudou rationaliste, enfin peu importe, ce n’est pas un problème de conscience, non, non… Vraiment, il faut voir le sens émerger et se développer pour combler ce qui est appelé la béance ailleurs. Là on est au cœur de la fongibilité, se faire impérissable, situer, fabriquer du sens, etc.

  Alors ici, on s’occupe des mots, des gens et des actions/pensées, même si on ne sait plus du tout où on en est, ce qui peut nous arriver de mieux d’ailleurs, donc si on prend le mot, bon, oui, ça évidemment, comme ça c’est sûr que ça a l’air de fabriquer du sens, de se situer dans un courant d’échos de sens, évidemment… Un mot n’a aucune valeur à ne pas renvoyer à un autre mot, à ne pas tournoyer indéfiniment dans des rapports situationnels, certes, bon… oui… eh bien non. Non, pas forcément. Bien sûr, là vraiment on bute comme ça, avec cette histoire de mot, comment on peut le manipuler sans déclencher une déferlante de sens ? ça fatigue d’avance… et puis finalement, quand même eh bien un mot, ça fonctionne, alors je vais vous dire, d’abord un mot c’est une possibilité, et dans toute sa diachronie, ça répond à des nécessités, alors avec ce mouvement déjà, un mot ça fonctionne et puis surtout, ça échoue, ça échoue à embrasser ce que ça nomme, on est au cœur de l’échappée de l’autre, de soi, de la mort là, vous voyez, j’ai les larmes aux yeux devant cette tentative désespérée comme ça qui fait arracher le mot de la poitrine pour retenir l’autre, retarder la mort, etc… et qui est déjà en échec, périssable, mortel. Un mot, ça périt. C’est ce qui fait que, vraiment, c’est formidablement fonctionnel. C’est ce qui fait que, alors, c’est tellement humain.

  On vient de faire un pas non négligeable là, dans ces esquisses que j’aborde grossièrement, sans entrer dans le détail, vous le pressentez peut-être ?

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Published by claude pérès - dans LOGOS (dire - penser - agir)
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commentaires

Querelle 09/05/2008 14:02

Non du tout à vrai dire. Mais si l'on a consience de vivre, pourquoi ne l'aurait-on pas de mourir, justement, ou même injusticement, fait qui ne mérite pas forcément témoignage, puis la mort, c'est l'arrêt de tout, vis à vis de mots.

claude pérès 14/05/2008 12:56


Bon alors... euh... je ne vois pas de différence entre mourir et vivre, c'est deux façons d'appeler la même chose... quant à la "conscience" de vivre/mourir... je crois qu'on essaie de ruer dedans
ici... je crois qu'on est en train de voir qu'on se passe très bien de cette invention-là :-)