Laboratoire de propositions philosophiques, politiques, mécaniques... et conseils de jardinage, de couture et de cuisine.
Alors la folie, ce serait plein de choses qui se chevauchent. Les psys parlent de folies d’amour-propre comme la paranoïa ou la mégalomanie, alors les folies des psys,
c’est des folies de sociétés, donc bon, on s’en fout parce que les sociétés n’existent pas, alors leurs folies non plus. Et puis alors vous avez un truc de folie, c’est… là c’est quelque chose
que je ressens très fort, à quoi je suis particulièrement sensible, qui m’attendrit à un point indicible, c’est la puissance, c’est cette ténacité sidérante de ce corps en vie, qui s’obstine à
survivre et à s’organiser de toutes façons, quoi qu’il en soit, coûte que coûte. C’est avec cette puissance que des gens ont vécu dans des camps de concentration, c’est avec cette puissance que
les ivrognes parviennent tant bien que mal à rentrer chez eux sans plus savoir comment, c’est avec cette puissance que vous faites tenir des dictatures ou que des révolutions les renversent…
C’est quand même… là, alors, vous avez des gens qui s’émerveillent des prouesses techniques ou bien de la beauté d’une terre ou je ne sais pas, mais alors ce n’est rien à côté de cette puissance
d’un corps qui s’obstine, précisément parce que la technique c’est de l’effectuation de puissance et la terre toute la brutalité de son défi contextuel. Qu’un corps qui s’organise sauve de toute
façon sa peau, quitte à ne pas la sauver, c’est la chose la plus immense du monde, ce déploiement de force, cet épuisement de possibilités. Ce que l’on voit ce sont des conditions, des contextes,
des marges et des organisations de puissance. Si vous articulez ça, vous éclatez la caducité de la psychanalyse et des sciences humaines, vous ne pouvez plus penser en termes d’identités, de
sens, d’être, la révolution est immense, mais je ne pense pas que ce soit prêt encore à s’effectuer, à trouver toutes les effectuations que ça porte en puissance, non pas tant parce que, comme le
faisait dire Beckett à Estragon, si je me souviens bien, : « les gens sont des cons », mais parce que ça demande du temps quelque chose comme ça pour éclater, un temps que ça n’aura peut-être
jamais, peu importe, ce n’est pas le problème, c’est très fort, je le sais parce que je l’ai dans les mains…