Que les choses soient claires : mon existence est profondément et radicalement révolutionnaire. Je vomis cette
société, je suis du côté des terroristes, le pouvoir me répugne, je n’ai pas de problème avec la violence, je suis amoral, je suis anarchiste et je suis partisan de l’action directe. Voilà pour
la case « extrêmiste ». Maintenant, je ne suis pas communiste, je n’aime pas plus les prolétaires que les bourgeois, je ne suis complaisant ni avec les maîtres, ni avec les esclaves et même je ne
leur trouve aucune excuse. Je considère que faire couler le sang est un geste d’impuissant castré. Je ne vois pas de différence entre un patron qui impose son pouvoir et un extrêmiste qui tend à
en imposer un autre, je ne vois pas en quoi l’un mérite plus la mort que l’autre. Je pense que s’inscrire dans une logique de pouvoir, soit en ayant recours à la force, soit en attendant
indéfiniment que les choses changent par le pouvoir magique des mots, c’est le contraire de l’action directe. Je pense que la contestation utilise le même vocabulaire et la même syntaxe que le
pouvoir en place et participe au maintien de la société. Je ne crois à aucune des alternatives politiques qui sont proposées, parce qu’elles procèdent toutes du même rapport au pouvoir, qu’elles
remettent en cause des modalités qu’elles remplacent par d’autres comparables qui remplissent la même fonction aliénante et castratrice et qu’elles ne s’attaquent pas aux fondements. Je ne fais
pas de distinction entre une idéologie politique, une théologie ou n’importe quel idéal aliénant.
Je dis que l’action directe, c’est agir maitenant et tout de suite avec ce sur quoi on peut agir. Je dis que je ne suis pas un enfant qui a besoin de la reconnaissance de son père, que je n’ai
pas à perdre mon temps et mon énergie à convaincre les autres dans l’espoir que la société change enfin pour me donner l’autorisation de vivre comme je le voudrais, je dis que de la
reconnaissance, de l’autorisation, de la permission, je m’en passe, que je vais là où c’est possible, là où je rends possible, et ça n’a rien à voir avec là où c’est permis ou non, que la
question ne se pose même plus. Je dis que les combattants révolutionnaires sont ou très touchants ou pitoyables dans leur agitation vaine. Je leur demande ce qu’ils attendent. Je leur demande ce
qu’ils attendent avec leurs délires verbaux et graphomanes, je leur demande ce qu’ils attendent quand ils ont recours à la violence, je leur demande pourquoi, dans tous les cas, ils n’agissent
jamais maintenant et tout de suite et que chacune de leur action et de leur parole semble reculer le terme de la révolution qu’ils invoquent. Je leur dis que cette révolution, il est évident
qu’ils n’en veulent pas et qu’ils seraient bien embarrassés qu’elle arrive, parce que tout ce sur quoi ils se construisent s’effondrerait. Je leur dis aussi, au cas où ils ne l’auraient pas
compris, que les révolutions qui se sont imposées dans l’histoire, n’ont pas servi à autre chose qu’à remplacer un système qui ne parvenait plus à maintenir la cohésion de la société, qu’elles
ont redistribué les places, les rôles, les rangs, qu’elles ont rééquilibré les rapports de force dans le seul but de maintenir cette cohésion, en précisant, en étendant son aliénation sur tous
les individus. Je leur dis donc qu’heureusement qu’ils ne font que l’attendre, cette révolution. Je leur dis qu’ils ne sont pas subversifs, et même je leur dis qu’ils sont désespérément bourgeois
dans leurs convenances anti-bourgeoises.
Je dis que j’agis directement sur les choses, c’est-à-dire que je jouis de tout ce dont je suis puissant et que je suis puissant de tout ce dont je jouis, que ça n’attend pas, que ça ne sait pas
ce que c’est attendre.
Ouah, j'aurais adoré que tu puisses participer à l'étude sur laquelle je bosse, tu aurais apporté tellement d'eau à ce moulin !Mais le critère étant la possession d'un outil inhérant à ce système, outil que tu rejettes ;-)...