Jeudi 3 avril 2008
Björk - Declare Independance for Tibet

  Il faut voir que la non-violence, par exemple, cette idée comme ça que les gens, finalement, sont, disons, neutres, qu’ils sont censés, en tout cas, ne pas se vouloir de mal, au sens de faire mal, blesser ou autre, ce n’est pas une idée qui va de soi et, même, que la monter en présupposé axiomatique, mis à part le fait que les axiomes sont éminemment répugnants, peut même s’avérer dangereux.

  Que les droits humains partent du principe que l’être humain a vocation à éradiquer la violence, à se faire pacifiste et bienveillant, c’est bien quelque chose de parfaitement arbitraire.

  Le modèle de société, auquel les droits humains ou l’idée de « démocratie » participent, est, comme tous les modèles, une chose morte, aveugle, impuissante. Il faut voir comment ce modèle dévore les marges d’action jusqu’à aseptiser, neutraliser, castrer le « vivre ensemble », « l’espace public » ou « le champ social » ou appelez ça comme vous voulez. Que l’on considère la loi dite « Gayssot » qui institue une vérité historique officielle, apposant un tabou obscurantiste sur les travaux de recherches des historiens ou simplement sur le rapport d’un peuple à son passé ; que l’on constate les tractations du gouvernement néerlandais pour empêcher la sortie du film de Geert Wilders, la controverse bavarde et disproportionnée qui entoure un travail somme toute assez médiocre et négligeable ; que l’on s’étonne de la condamnation de cet humoriste obscur pour une blague si idiote qu’elle ne se peut même pas mettre sur le compte d’une malignité dont son auteur semble manifestement manquer ; ce que l’on voit s’agencer, animée par la « bonne » intention de ne blesser, heurter, ni choquer personne, de ménager cet espace commun lisse, poli et policé, c’est l’érection d’une terreur comparable à celles dictatoriales.

  Alors d’abord, envisager, à la suite de Hegel, la démocratie comme un système achevé, le point ultime, absolu, atteint à force de luttes incessantes à travers toute l’histoire de l’humanité, relue à l’occasion et réduite à ses éléments de convergences, de préparation, de soumission au déploiement démocratique, a forcément pétrifié ce système jusque dans ses travers. J’ai le souvenir imprécis mais sûr d’un passage de Michelet dans Le Peuple, qui concevait la période médiévale comme l’enfance du peuple et celle révolutionnaire comme son adolescence, imageant ainsi cette notion de progression de l’humanité, ce déroulement historique qui légitime la démocratie en la présentant comme le fruit de toute une évolution et donc d’un progrès. Ce que Hegel et Michelet, avec leurs enthousiasmes naïfs, ne mesuraient pas, c’est qu’un progrès cesse évidemment d’être un progrès quand il n’est plus voué à progresser mais à se conserver, à se figer de sa rigidité cadavérique. Et si cette phrase de Churchill : « La démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres », suggère que le travail reste à faire, les oreilles des « démocrates » autosatisfaits qui en font des citations incessantes, inépuisables mais épuisantes pour les nôtres, d’oreilles, rabattues autant qu’elles puissent l’être, semblent rester sourdes à la suggestion – décidément l’autosatisfaction n’est jamais autre chose que de la paresse –.

  En prenant appui sur le principe que l’être humain est appelé à, par exemple, ne pas tuer, ne pas torturer, ne commettre aucun acte violent et autre, les prosélytes des droits humains et des démocraties réactualisent une idée profondément morale et, donc, moralisatrice, qui veut, non plus que l’humain soit ontologiquement bon ou mauvais, la question ne se posant plus, mais soit voué à le devenir. Malgré toutes les parades, les détours astucieux, les déplacements subtiles dans l’agencement de la mécanique sociale, le rapport à l’ontologie et celui au devenir prennent la même fonction. Les questions de bien et de mal insistent, lors même que les organisations résistantes et terroristes mettent à mal l’articulation de cette problématique en ces termes, en affirmant, par leurs combats, qu’ils sont, eux, voués à tuer, torturer, etc. Le point d’achoppement est insurmontable, malgré la profusion des trafics auxquels les prosélytes moralisateurs se livrent.

  Il se trouve que l’être humain n’est, tout simplement, ontologiquement rien, ni n’est voué à aucun devenir social ; que les choix organisationnels de tuer, de bombarder, de torturer, d’hurler ou d’interdire le crime, de censurer la parole, de neutraliser l’espace social, sont de l’ordre des convenances que rien ne peut, dans l’absolu, justifier. Des convenances qui se choisissent pour leur praticité, par exemple, mais dont la nécessité, même, se discute, qu’on le veuille ou non.

  Les moralisateurs et les philosophes ne sont pas allés au bout de leurs réflexions sur le bien et le mal, inquiets d’avoir à retomber sur leurs pieds. Si l’on veut un exemple, regardons l’un des pas les plus hardis qu’un penseur ait su faire, une merveilleuse tentative pour dégonder le tabou moral, celui de Spinoza qui arrivait à la conclusion, dans une lettre à Blyenberg, que « celui qui verrait clairement qu’il peut jouir réellement d’une vie meilleure et plus parfaite, en commettant des crimes, plutôt qu’en pratiquant la vertu, celui-là serait aussi un sot de ne pas le faire ». Il faut savourer l’immensité de cet affront pour la pensée, le heurt du défi qu’il provoque, faisant frémir toutes les connections synaptiques du cerveau dans lequel l’idée se propage, il faut la savourer vite, avec ses conséquences, que ni le bien ni le mal ne sont de l’ordre de l’essence, qu’un crime peut aussi être parfait qu’une vertu, très vite même, car déjà Spinoza la fait retomber, la rabat, par le déploiement d’un artifice intellectuel dû, sans doute, à une certaine timidité devant l’exercice sourd et implacable de la pression sociale qui ne tolère pas la témérité. Il n’ira pas jusqu’à péter la bride du libre-arbitre qu’il a trop lu chez Hobbes. Il ira mettre au point un ensemble, époustouflant techniquement, qui veut que personne au final n’aura intérêt à commettre des crimes. Alors, certes, il se préoccupe de la solidité de sa pensée et une idée déraisonnable, inconsciente comme celle de laisser ouverte la possibilité du crime relèverait de l’inconsistance comique. Mais précisément, en refermant à la hâte cette question, en s’appuyant sur le devenir social de l’humain pour justifier la morale, il retombe dans quelque chose de l’ordre du principe axiomatique ; et la prouesse de sa technique ne masque pas l’arbitraire de l’artifice, même si le pas est fait que ni la question de l’essence, ni celle des dieux, ne se posent plus.

  Pourtant, précisément, il semble que la question de la possibilité du crime ait à rester ouverte et ne peut se fermer ni par des atermoiements moralistes et bienveillants ni par des fureurs aveugles et folles, ni en concluant à la vocation au bien ni à celle du mal. Il semble bel et bien que le pas à franchir soit celui de ne pas le franchir, de ne pas céder à la tentation du confort intellectuel qui balaie une question une fois conclue, de laisser cette question en suspens, sans pouvoir l’articuler avec aucun principe. Il ne s’agit ni de valider ni d’invalider les droits de l’homme d’une part, ni, d’autre part, les attentats résistants-terroristes, mais de les envisager pour ce qu’ils sont : des questions pragmatiques d’organisations. Faire péter le narcissisme délirant qui veut que l’homme croit forcément que tous ses actes parlent de lui et le fondent ; les actes ne renvoient ni à l’essence ni au devenir de ceux qui les commettent mais à leurs préoccupations et à leurs nécessités organisationnelles. Et forcément, aussi minutieux et imperceptible que cela soit, cela change tout, cela met à mal la terreur démocratique comme la folie terroriste, en amenant à aborder ces questions avec d’autres mécanismes, en considérant la violence ou la paix comme des méthodes d’organisations, des possibilités plus ou moins efficaces selon les cas, et non plus comme des axiomes.

par claude pérès publié dans : En Ville (Politique)
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Mardi 3 juillet 2007
  On regarde le monde. Je suppose que c’est un devoir. Voilà, il y a des gens qui s’entretuent là, il y en a qui meurent de faim là, etc… Surtout, etc. Notre regard sur le monde se perd précisément dans cet etc. On regarde le monde. Je ne sais pas si on en pense quelque chose. Je ne sais pas si c’est pensable. C’est un truc d’images. Une image, c’est vide. Les images d’une mère qui pleure la mort de son enfant, c’est vide, ça n’est chargé de rien, ça veut dire que ça se prête aux projections narcissiques des gens qui la regardent, qui l’investissent de ce qu’ils veulent y mettre : par exemple de leur dépression, leur délire de s’affliger de la douleur du monde ou alors de leur satisfaction complaisante de leur petit quotidien résigné. La mère qui pleure son enfant, franchement, honnêtement, tout le monde s’en fout. Si on l’entendait, je dis entendre pour ne pas dire voir, je pourrais dire sentir, ou n’importe quel autre sens que la vue, parce qu’avec la vue, ça ne marche plus, c’est déformé, donc si on l’entendait oui, on a une faculté d’empathie telle qu’on ne pourrait pas s’en foutre, mais là on s’en fout. Je ne croirai personne qui me dirait le contraire. Ce que les gens voient dans les images, je ne sais pas, de cris, de pleurs, de suppliques, c’est ce qu’ils y mettent : leur propre image à eux. C’est tout. Les gens, peu importe qui, quand on dit les gens, c’est personne, les personnes qui regardent le monde, ils faut bien qu’elles en fassent quelque chose de ce qu’elles regardent. On leur dit qu’on ne peut pas ne rien ressentir, ne rien penser en voyant une femme qui pleure son enfant, on leur dit que pour être une personne bien, l’image d’une personne donc, on doit ressentir quelque chose quand on voit une femme qui pleure son enfant, ou autre chose, c’est souvent lié aux femmes et aux enfants, ça passe mieux de s’en foutre quand c’est des hommes. Les hommes, c’est leur problème, les femmes déjà moins et les enfants alors là… Donc les gens, ou personne, investissent l’image vide de la femme qui pleure du vide de leur image à eux. Cela dit, ça ne leur coupe pas l’appétit. Ca n’empêche personne de vivre de regarder le monde. Il n’y a pas des grèves de la faim pour que l’O.N.U soit dotée d’une instance juridique et policière supra-nationale. Il n’y a personne pour sanctionner les Etats-Unis pour Guantanamo ou la peine de mort ou toutes leurs magouilles diplomatiques qui se retournent toujours contre eux au final, les Etats-Unis ou d’autres, la majorité des pays ont signé des traités qu’ils n’appliquent pas, il suffirait d’une instance qui se charge de leur faire appliquer et qui les sanctionne. Donc on fait en sorte que ça reste vivable de regarder le monde. D’où l’utilité d’en faire quelque chose de ces images, de les occuper, avec sa dépression ou sa complaisance ou autre, peu importe, pour que ça soit vivable. Le pouvoir, ce n’est jamais que ça, je parle du pouvoir là, pas de la puissance spinoziste, je parle du pouvoir qu’on a sur le monde qu’on regarde par exemple, ou du pouvoir que l’O.N.U. n’a pas ou du pouvoir des gens, disons des chefs, sur lesquels l’O.N.U. n’a pas de pouvoir. Le pouvoir, c’est l’investissement d’une image. Ca peut être l’investissement d’un rôle, genre chef de l’Etat, c’est un rôle, père aussi, homme, enfant, chien, tout ça c’est des rôles, des images vides. Et du pouvoir, on n’en fait rien, on investit le rôle, on fait les trucs qui nous font ressentir qu'on «habite le rôle», mais c’est tout, parce que c’est vide, c’est une image, c’est-à-dire c’est à côté de la réalité. Donc, on regarde le monde, on investit ce qu’on regarde, on en fait quelque chose, là où on ne peut rien en faire, parce que la douleur du monde, c’est forcément impossible, mais comme on conscientise tout par rapport aux images et au miroir lacanien, on s’en sort, ça n’est pas réel, la femme qui pleure, ça ne coupe pas l’appétit, parce que ce n’est pas réel. On remplit des trucs vides qui couvrent la réalité. Pendant ce temps-là, il y a des gens qui s’entretuent ou qui meurent de faim, réellement, dans la réalité, mais le pouvoir dans la réalité ne peut rien, parce qu’il vise les images.
par claude pérès publié dans : En Ville (Politique)
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Samedi 23 juin 2007
  La consultation référendaire de la Constitution européenne a constitué un moment profond de démocratie. On a vu des peuples, français et néerlandais donc, puisque les espagnols n’ont été appelés à se prononcer que sur les deux premières parties du projet, s’approprier des textes techniques, les étudier, les discuter, les contester. On les a vus découvrir concrètement l’âpreté bureaucratique de l’Europe et on les a vus aussi ne pas se laisser intimider, et faire bon usage de la parole qui leur était donnée. On n’avait pas vu un moment aussi fort de démocratie depuis longtemps, au moins aussi longtemps que le prochain qu’on peut toujours attendre et espérer voir.

  Le non français et néerlandais a été interprété par les diplomates comme l’incapacité des peuples à se prononcer sur des sujets aussi techniques et la porte démocratique que la consultation entrouvrait fut aussitôt refermée. On a préféré remettre en cause les voix de millions de gens plutôt que le projet lui-même. Devant l’embarras que le non a provoqué, ces diplomates ont préféré confisquer le projet de traité en le reprenant des mains du peuple et se livrer entre eux aux querelles, aux rapports de force, aux compromis, auxquels on vient d’assister ces deux derniers jours, pour colmater la brèche démocratique ouverte par le non.

   On a vu, par exemple, le terme de « haut représentant » préféré à celui de « ministre des affaires étrangères » pour ménager la volonté souverainiste des anglais ; ou encore la concurrence « libre et non faussée » disparaître des objectifs de l’Union, pour plaire au 55% des français qui ont dit non, même si cet objectif reste présent dans l’ensemble du traité ;  ou enfin le report en 2014 l’entrée en vigueur du nouveau système de vote à la majorité qualifiée que la chancelière allemande a cédé aux exigences de la Pologne. Ce n’est donc pas l’énergie, ni la ténacité, ni même l’imagination qui manquent à ces « représentants » de leurs peuples pour ménager les exigences, les susceptibilités et les impératifs des uns et des autres.

  Il resterait à savoir pourquoi ces « représentants » préfèrent déployer leur capacité immense de persuasion et de compromis entre eux, en tenant à l’écart les peuples. A ce jeu frénétique et orgueilleux auxquels se sont livrés ces hommes et femmes d’état, mettant à l’épreuve, avec une complaisance infantile et morbide, leurs influences et leurs pouvoirs, c’est la démocratie qui est mise en échec.
par claude pérès publié dans : En Ville (Politique)
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Samedi 16 juin 2007

Manif de droite

On nous annonçait une «droite décomplexée», on attendait, certes sans grande impatience, mais avec un peu de curiosité, un changement de méthode et de rhétorique, mais c’est dans une continuité fidèle à la droite classique que s’est annoncé ce projet sur la « TVA sociale ». On a reconnu les mêmes intentions derrière la même hypocrisie honteuse que celles des gouvernements de droite qui ont précédé.

La mesure d’abord, qui ne conçoit décidément pas l’impôt dans une logique de redistribution des richesses et qui combine astucieusement une baisse des coûts de production pour les entreprises à une hausse d’une taxe que tous les résidents français paient (« Les 10 % des ménages les plus pauvres concèdent 8 % de leur revenu au paiement de la TVA. Les 10 % des ménages les plus riches ne lui consacrent que 3 % de leur revenu »).

La rhétorique ensuite, qui camoufle ce cadeau fait aux entreprises et cette hausse de la TVA derrière une logique de vases communicants douteuse, espérant sans doute perdre la compréhension des français, et qui brandit le prétexte de la protection sociale d’abord, puis, pour mieux convaincre, de la lutte contre la délocalisation. On atteint le sommet de l’hypocrisie quand la droite nous explique que les entreprises répercuteront la baisse des coûts de production afin de limiter la hausse des prix sans qu’aucune contrepartie ne soit prévue. Le gouvernement reste ainsi dans une tradition qui veut minimiser chaque mesure que la droite offre aux entreprises, qui ne répercutent jamais le moindre cent, ce qui va sans dire puisque rien ne les y oblige.

Nous laisserons les économistes à leurs querelles de chiffres pour savoir si les prix augmenteraient de 1% à 4%, la mesure et ses répercutions ne nous intéressent pas tant ici que la manipulation de prestidigitateur qui l’entoure. Au fait, il s’agit bel et bien d’un cadeau aux entreprises, dans une logique de « gagnant-perdant », doublé d’une ponction qui s’étend à tous les français, y compris les plus pauvres. C’est une volonté qui s’inscrit dans une grande cohérence avec l’approche économique de la droite. Elle est contestable, certes, mais respectable et ne doit certainement pas surprendre les français qui ont porté la droite au pouvoir. Ce qui étonne donc, c’est l’artifice rhétorique qui entoure cette mesure et qui tend à prouver que la droite, loin d’être décomplexée et fière, a besoin de faire avancer masquées des mesures qu’elle sait être impopulaires (60% des français se déclarent opposés à la TVA sociale).

Le changement de méthode ne s’applique donc intégralement qu'à l’accès de l’Elysée à Internet et aux activités de remise en forme physique de son Président, le corpus idéologique, les méthodes et la rhétorique restant scrupuleusement les mêmes. Il resterait à sav
oir pourquoi un gouvernement propose des mesures impopulaires et pourquoi le peuple élit un tel gouvernement…
par claude pérès publié dans : En Ville (Politique)
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Mercredi 13 juin 2007
  On ne peut pas ne peut être admiratif devant la faculté enthousiaste et folle qu’ont certains de se laisser emporter dans l’agitation ou la tourmente sans se poser, à aucun moment, la moindre question. Il en est ainsi une qui semble se reposer plus qu’elle ne se pose, qui est celle de savoir, au fond, quel est le métier de ces politiciens en qui tant de citoyens placent leurs espoirs fiévreux et hystériques.

  Sont-ils d’abord et avant tout des militants, animés par des convictions profondes et une volonté ambitieuse de changer le monde ? Sont-ils simplement des administrateurs et des gestionnaires ? Ou ne sont-ils jamais que des communicants ?

  La crise idéologique du PS est fascinante en ce qu’elle nous montre un parti acculé, comme une marque industrielle dont l’image de marque est ternie, à revoir son offre. On voit bien qu’il est loin le débat d’idées entre des projets de société dans un parti où chacun cherche une niche, celle-ci au centre, celui-ci plus à gauche que jamais dans son passé.

  Ni de simples citoyens, qu’ils sont censés représenter, ni de véritables experts, ceux qui exercent le métier, puisque c’est un métier, d’élus se retrouvent tiraillés par une logique schizophrénique. Ce qui pouvait frapper pendant la campagne, c’était ce mélange des registres de candidats qui n’avaient toujours pas quitté l’école, qui étudiaient, apprenaient par cœur et passaient honorablement leurs oraux et qui tentaient d’agrémenter leurs compétences administratives à des idées politiques piochées çà et là afin d’identifier leur positionnement de marketing.

  L’ENA les forme  à «l’expertise dans tous les champs essentiels de l’action publique», c’est-à-dire leur donne la compétence, non pas tant de savoir un peu sur tout, mais de pouvoir étudier n’importe quel dossier, et au «management public». Au fait, leur métier consiste à tenter de résoudre un problème de construction d’une route tout autant qu’une crise diplomatique. Le corpus idéologique avec lequel ils se présentent à une élection est loin de constituer ce sur quoi ils s’appuient dans leurs prises de décisions.

  N’est-ce pas précisément ce qui écoeure les citoyens, ce jeu de dupes infantile où des journalistes feignent d’attendre les candidats sur le terrain d’idées qu’ils n’ont pas toujours et les amènent à multiplier des promesses qui orientent leurs images de marques plus que leurs actions ? La seule idée qu’on pourrait leur donner, c’est d’avoir des idées, seulement voilà qu’en feraient-ils dans l’exercice administratif de leurs fonctions ? A moins, bien sûr, de revoir leurs fonctions...
par claude pérès publié dans : En Ville (Politique)
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Dimanche 10 juin 2007

 

 

On le sait, les vidéos circulent, Nicolas Sarkozy avait sans doute bu lors de son entretien avec Poutine au sommet du G8.

L’état hésitant et rieur dans lequel il s’est présenté à la conférence de presse peu après le laisserait penser ; la confusion quant à celle qu'il appelle "la journaliste" sans pouvoir la nommer, faisant certainement référence à Anna Politkovskaïa, journaliste russe, tuée par balles en octobre 2006, tendrait à le prouver.

Certes, on peut s’étonner que celui qui déclarait, s’en souvient-on ?, pendant la campagne présidentielle : « Je vais vous dire un truc qui va vous décevoir, je ne bois pas de vin. Enfin je ne bois pas d'alcool plutôt », se montre en état d’ébriété, mais c’est ne pas mesurer l’ampleur des efforts diplomatiques qu’il paraît prêt à faire pour séduire ses homologues et respecter, ce que Eltsine a peut-être secrètement introduit dans le protocole, un nouvel usage qui voudrait que l’on boive avec le Président russe.

Au-delà de cette anecdote pitoresque, qu'il fut îvre d'alcool ou de son nouveau pouvoir, cette conférence de presse était surtout mal préparée, tout comme sa proposition d'un moratoire de 6 mois sur la déclaration d'indépendance du Kosovo, dont le rejet par Poutine et la surprise de tous les diplomates, sanctionnent le premier échec du nouveau Président de la République. 

 



par claude pérès publié dans : En Ville (Politique)
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Vendredi 8 juin 2007

 



  L’intérêt qu’ont porté les français à la campagne présidentielle, explosant les records d’audience, enflammant des débats à chaque coin de rues, ne doit pas masquer la mort de la conviction politique. Contrairement à l’enthousiasme des politiciens et à ce que pourrait laisser penser le taux très élevé de participation à cette élection, le rapport des français à la politique est pitoyable. Que les choses soient claires : il n’a pas été question, à aucun moment durant ces derniers mois, de politique.

  Nous n’avons pas vu les français mesurer les propositions des candidats au regard de leurs implications politiques et de leurs conséquences sociales. Nous n’avons pas vu des idéologies se confronter, des espoirs pour le monde se déployer, des appels solidaires et généreux se faire entendre. Ce qu’on a vu, ce sont des consommateurs infantiles qui cherchaient à obtenir la meilleure offre promotionnelle. Ce n’est pas pour rien que les émissions télévisées phares ont donné la parole à des « vraies gens » qui faisaient part complaisamment de leurs problèmes personnels qui ne regardent qu’eux, qui ne concernent pas une société et sur lesquels une République n’a même pas à se prononcer.

  Si la politique, c’est chercher à voir plus loin que le bout de son nez, porter un projet d’ensemble et d’avenir, le candidat que les français ont choisi a été élu sur un programme nombriliste qui flatte les intérêts personnels et individualistes. Au regard d’une idéologie politique, accabler, stigmatiser les plus faibles comme Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à le faire, relève de la dureté et de l’égoïsme les plus écoeurants. Mais les français ne le voient même plus, qui ne font plus le choix entre plusieurs modèles de société, mais en fonction de ce que les mesures promises pourraient leur apporter personnellement.

  Vincent Peillon n’a pas tort de se moquer de la pauvreté des débats, ce qu'il ne voit pas, c'est que c'est précisément ce qui tue la gauche. Qui a entendu la voix de Dominique Voynet qui s’obstinait malheureusement à rester sur le terrain des idées et de l’idéologie politique ? Face à ce rapport consumériste à l’offre politicienne, la gauche n’a aucun argument à opposer. On est de gauche parce que l’on croit à des valeurs, parce que l’on porte un espoir collectif, arrogant parfois, sectaire souvent, mais très ambitieux. Cet espoir ne peut plus parler à des gens préoccupés plus que jamais par eux-mêmes.

  Avant même de songer à remettre en cause son corpus idéologique, avant même de se lancer dans des querelles de directions, le travail de fond de la gauche doit d’abord réconcilier les français avec la politique qui peuvent comprendre que leurs intérêts personnels et l’ambition d’une société ne sont pas incompatibles, bien au contraire.
par claude pérès publié dans : En Ville (Politique)
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