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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 10:21

Andrew Kudless - AK Wall 22

Andrew Kudless - AK Wall 22

  On retrouve ce jeu alors de transaction synallagmatique, au sens où nous l’entendons, d’arrangements, de principe de tolérance suffisante pourrait-on dire..., de tension... dans cet exemple que j’aime beaucoup, qui m’amuse même infiniment et qui a forcément vocation à faire la nique, comme on dit, à ceux qui pourraient s’imaginer que la représentativité est gage de démocratie, avec la convocation des premiers Etats généraux en France par Philippe IV, dit « le Bel ». Ce n’est pas la première fois que des pans entiers de la société se rassemblaient, on a vu les champs de Mars et de Mai, auxquels on doit ces Capitulaires que j’aime tant... en gros on peut dire qu’étaient invités à se rassembler soit la totalité d’un corps, par exemple les nobles, soit des représentants, bien souvent pour des questions d’impôts, c’est-à-dire pour faire accepter aux contributeurs de payer. Déjà sous Charlemagne, l’Assemblée d’automne avait peu ou prou cette vocation, où « on apportait au roi les tributs déguisés sous la forme de dons volontaires » (A.C. Thibaudeau, Histoire des Etats généraux, T.I, 1843, p. 16). Ici, je me permets une digression, je m’en voudrais de manquer ce point délicieux, il faut noter l’ironie de Thibaudeau qui décrit la fonction « Peuple » ainsi : « Le spectacle des assemblées, des pompes de la cour, de l’appareil militaire mettait en mouvement la population locale, et attirait les populations voisines. Voilà probablement ce qu’on appelait la multitude » (Ibid.), et moque son consentement : « Si la multitude répondait par des acclamations, et c’était presque toujours le cas, on les considérait comme consentement du peuple et promesse d’obéissance » (Ibid., p. 17). Ca, c’est le cœur de la démocratie représentative où « opinion publique » est venue remplacer « multitude »... Mais revenons à nos histoires synallagmatiques merveilleusement décrites par Rathéry : « Les assemblées du champ de Mars continuent ; c’est là que les rois se montrent à la nation comme dans une espèce de solennité périodique, et retrempent leur autorité par la consécration populaire ; c’est là que les peuples, de leur côté, offrent les dons annuels, qui formaient une partie du revenu des souverains, en même temps qu’ils constataient cette souveraineté même » (EJB Rathéry, Histoire des Etats généraux de France, 1845, p. 12). Il me semble qu’on pressent déjà bien ce jeu de transaction que je voudrais pointer en ce qui concerne donc la tenue des premiers Etats généraux...

 

  Qu’est-ce qui fait qu’un roi dont l’Histoire garde le souvenir d’un despote, convoque tout à coup une assemblée, une assemblé qui plus est dans laquelle ne siègent pas seulement nobles et clergés mais aussi les bourgeois... la curiosité de la chose est forcément drôle...  Ce roi, centralisateur, occupé à pousser son pouvoir à l’absolu, dépensier, spéculant sur la monnaie, persécutant les « banquiers » (Lombards, Juifs, Templiers...), ce roi qui fut le premier à commencer ses ordonnances par cette sentence : « En vertu de la plénitude de notre puissance et autorité royale » (in AC Thibaudeau, op.-cit., p. 68) quand ses prédécesseurs associaient toujours leur conseil à leurs décisions, le voici touchant la limite de son pouvoir face à un pape, Boniface VIII, que Boullée qualifie de « vain et ambitieux » et auquel il prête des « vues d’agrandissement et d’usurpation » (M.A. Boullée, Histoire complète des Etats généraux, T. I, 1845, p. 1). La formule est plaisante... Leur querelle est, comme toutes les querelles, anecdotique... Notons brièvement qu’elle passe par une condamnation par le pape d’un projet de levée d’impôts qui frapperait les ecclésiastes, des menaces d’excommunication, de l’interdiction d’exporter les richesses, et donc de les exporter dans les poches du pontife, etc... Ce n’est pas le point qui nous intéresse le plus... Toujours est-il que le ton monte assez pour que Philippe le Bel ressente le besoin d’asseoir son autorité face au pape en convoquant le 23 mars 1302, on y arrive, ces Etats généraux qui retiennent notre attention. Je veux insister sur cette espèce de force de frappe que confère à Philippe IV une pareille assemblée, la malice de ce personnage qui se fiche, disons royalement, de ce que peuvent bien penser tous ces gens réunis.

 

  La tenue de ces Etats est habile, qui présente la volonté du pape comme une menace pour la liberté et l’indépendance du Royaume : « C’était confondre adroitement la dépendance morale et religieuse avec la dépendance politique, toucher la fibre féodale, réveiller le mépris de l’homme d’armes contre le prêtre » estimera Michelet (J. Michelet, Histoire de France, T III, p. 300). Pierre Flotte, chancelier de France, poursuivait son adresse en invoquant, évidemment, « l’intérêt général » et en insistant sur les prélèvements d’argent opérés par le pontife (cf MA Boullée, op cit., pp. 7-8). Pour parfaire la transaction, finir d’achever l’autorité séductrice du Philippe IV, le Roi, au cours d’une seconde assemblée, en 1303, renoncera à cette prérogative dont il abusait dans son avidité et son goût spéculatif, celle d’altérer les monnaies. Boullée notera : « c’est le premier exemple connu d’un engagement pris par la couronne dans l’intérêt du peuple, au sein d’une assemblée nationale, en perspective d’un appui réclamé » (Ibid., p. 15). Et parce que c’est au cœur de ce qui nous préoccupe ici, je ne peux pas ne pas souligner qu’il ajoute que « par la suite », « il n’est pas sans exemple que les Etats [généraux], dans leur défiance, aient exigé que leur accomplissement précédât la concession des subsides qui en étaient le prix » (Ibid., p. 16).

 

  L’opération fut efficace, noblesse, clergé et tiers-état firent montre d’un enthousiasme... disons déterminé à soutenir leur Roi. Certains nobles allèrent, au cours de la seconde assemblée, emportés dans leur élan, gonflés sans doute par la vanité qu’il peut y avoir à surenchérir et à faire son intéressant dans ce genre d’assemblée, jusqu’à accuser le Pape « d’avoir nié l’immortalité, d’avoir consulté des devins et assisté au sabbat avec les sorciers » (Ibid., pp. 14-15). L’accusation a forcément quelque chose d’hilarant et de rocambolesque... Elle n’aura pourtant eu que peu d’effets, le Pape mourant l’année suivante... Mais peu importe. Ce qui nous intéresse ici, c’est tout ce jeu de transaction synallagmatique que ce moment nous donne en exemple et qui nous permet de lire ensuite les jeux sur lesquels les démocraties représentatives fondent leur articulation et assoient leur légitimité, c’est-à-dire se maintiennent au seuil de tolérance où les forces politiques (corps constitués, groupes, communautés d’intérêts, etc...) glissent.

 

  Je voudrais parler d’autre chose. On a tourné autour de la question de l’intérêt, en le prenant par plusieurs bouts, j’aimerais y revenir encore... C’est amusant, parce que manifestement mon intuition me dit qu’il y a quelque chose là, qui me tracasse, je sais même précisément quoi, alors que la façon même d’envisager la question, en la prenant par une notion abstraite confite – l’intérêt – comme on dirait  « la liberté » ou « la volonté » ou encore, forcément « les dieux » est faite pour me faire fuir... L’intérêt ne peut pas être une question, c’est dans doute pourquoi je ne résiste pas à la tentation de la secouer... Qui parle d’intérêt pose de toutes façons quoi qu’il en soit quelque chose comme une fin. Dans certaines expressions – en venir à ses fins – les termes sont identiques. Et la question de la fin, alors, est forcément un truc parfaitement spéculatif et délirant. Je veux dire la question de la fin ne se pose pas, pas plus que celle du début ou de l’origine ou autre, c’est-à-dire pas plus que celle de la cause. Origine, fin et cause, vous savez qu’avec ça on est au cœur de trucs comme – accumulons les notions confites – la liberté et la morale, etc... Kant aura délicieusement articulé ces choses. Précisément, arrêtons-nous sur Kant, dont le système méticuleux tire sa cohérence de ce principe qui ne peut pas ne pas envisager qu’il n’y ait pas quelque chose comme une finalité. Ce principe est dit régulateur, c’est-à-dire qu’il ne s’occupe pas de connaître dieu, la finalité de dieu, mais que son idée permet à la raison de réguler l’entendement (cf I. Kant, La critique de la raison pure, Tome II, Appendice à la dialectique transcendantale).  On devrait faire une histoire de la philosophie de toutes les tentatives des philosophes à circonscrire, esquisser des limites, prévenir le déploiement de la pensée hors du sol, dans le vide selon la tournure kantienne... Mais enfin... Revenons à cette histoire de fin, qui est tout autant l’angle mort, la pierre creuse qui a vocation à effondrer l’édifice d’arc-boutement kantien, où chaque terme maintient les autres pour se maintenir, que l’hypothèse des hypothèses, le « comme si » (« nous étudiions la nature comme s’il s’y trouvait partout à l’infini une unité systématique et finale dans la plus grande variété possible », Ibid.). Mais elle est surtout, sans doute, le point de fuite, au sens pictural, qui organise la perspective et permet de pressentir le seuil où la pensée s’arrête. Et rien que pour le pressentiment de ce seuil, la pensée kantienne tient forcément du bel ouvrage. C’est ce point de fuite, que les géomètres appellent, on ne peut pas ne pas le noter ici, « point à l’infini », qui permet d’emboîter la nature sensible et la nature suprasensible et de donner toute sa cohérence au principe d’intérêt critique, où le noumène se dessine comme la ligne fuyante du paradigme. Et c’est à propos de cet emboîtement, précisément de la réalisation du suprasensible dans le sensible, que Deleuze remarquera : « C’est donc une ruse de la Nature suprasensible, que la nature sensible ne suffise pas à réaliser ce qui est pourtant « sa » fin dernière ; car cette fin est le suprasensible lui-même en tant qu’il doit être effectué » (G. Deleuze, la Philosophie de Kant, p. 106). Notez la parade, fuyante donc, j’insiste, et habile, qui veut que « si la nature sensible » « est incapable de réaliser sa fin dernière, elle n’en doit pas moins conformément à ses propres lois rendre possible la réalisation de cette fin » (Ibid., p. 107).

 

  Alors, on ne dit jamais assez qu’une entreprise, scientifique, artistique, philosophique, autre, s’organise à partir des outils qu’elle a sous la main, dont elle crée les utilisations, et des utilisations, dont elle crée les outils... Par exemple, ça ne viendrait pas à l’idée d’un artiste du XXe siècle de peindre la Joconde, parce que les modes opératoires sociaux qui font sa vie ne sont plus du tout les mêmes, que le rapport à sa pratique, comme le rapport à la société, se répondent assez pour faire que soit exclue l’idée même de se soumettre à un idéal comme la beauté ou la ressemblance... Toute entreprise parle des modes opératoires sociaux et fournit des outils pour remettre en cause leur organisation. Observer le déploiement de la pensée kantienne, c’est regarder la queue de la comète des lumières, qui a ce goût enthousiaste de l’ordonnancement et du classement et qui s’occupe de choses comme le libre-arbitre, la morale, la nature... en allant toujours jusqu’à s’effondrer. Il me semble avoir déjà pointé comment le libre-arbitre est le point qui écroule la pensée spinoziste par exemple. C’est dire qu’il n’y a pas un outil kantien dont on puisse se servir aujourd’hui. Ca n’empêche pas d’admirer l’ouvrage, ces mécanismes qui démultiplient les termes – par exemple je suis convaincu que jamais il n’aurait eu besoin d’un truc comme le noumène, s’il n’avait pas fait un sort au phénomène – comme autant de tours de logique et équilibrent des rapports, Deleuze disait des « mélanges », des « réseaux »... C’est intéressant de voir comme il articule la liberté en s’appuyant sur quelque chose comme un « être libre » qui est « cause » de quelque chose, avec une finalité en tête... là débarquent des notions comme la volonté ou la loi morale...  – je vais à l’os là, je fais très grossier. C’est intéressant quand on sait qu’on a à un autre pôle des corps déterminés par des structures, traversés par des déterminations... Et sans doute si vous soustrayez le beau, le bien dans une organisation de mélanges et de hiérarchies, si les dieux, comme principe régulateur, sont tombés, sans doute ne vous reste-t-il qu’un flux sur lequel votre action a vocation à glisser... « Dieu est mort, plus rien n’est permis » s’exclamait Lacan (in Conférence de Bruxelles, 09-03-1960).

 

  Avec la dédifférenciation, où les effectuations ne se détachent jamais tout à fait assez pour s’isoler en termes ou en identités et continuent de proliférer, sans causes ni finalités, j’imagine que vous aurez compris que nous renvoyons ces paradigmes dos à dos. J’aurais voulu décrire les rouages du système kantien, s’attarder sur la prouesse du geste, les renversements qu’il organise, par exemple avec quelque chose comme le jugement synthétique a priori, à côté de quoi je pense que quelqu’un comme Boutroux passe, dans ses cours, quand il s’occupe de le faire retomber sur ses pieds, sans sembler mesurer l’audace qu’il y a à combiner les particularités des données de l’expérience avec l’universalité et la nécessité de l’a priori, la fantaisie provocante d’une pareille combinaison. Il faudrait faire aussi une histoire de la philosophie – ça nous ferait beaucoup d’histoires –, en ne se s’occupant que de la façon dont un philosophe pose les problèmes, quels termes il pose et comment il les articule, c’est-à-dire, bien souvent, comment il se tire, contourne et court-circuite, des problèmes qu’il aura organisés – la mécanique linguistique étant ainsi faite – par des dualismes, qui ne font jamais son affaire pour autant. C’est la tragédie de la philosophie, de se démener avec la langue qu’elle parle en la parlant. On ferait une histoire de la philosophie avec ça, depuis le juste-milieu aristotélicien jusqu’aux multiplicités deleuziennes, on aurait des sortes de subsumptions hégéliennes et aussi le transcendantal kantien. Mais je voudrais rester concentrer sur mes affaires...

 

  Il y a ce jeu d’emboîtements et de combinaisons chez Kant, où l’on passe d’un niveau, disons grossièrement « individuel », le terme est anachronique, à un niveau disons... divin ou supra-individuel, où la finalité dieu arc-boute la finalité « individuelle » et réciproquement, qu’on pourrait comparer au travail d’un arc de décharge qui répartit les forces ça et là et organise leur croisée... Le transcendantal, par exemple, ce n’est que ça : un arc de décharge... Mais on peut subvertir la combinaison et la voir comme un seuil de passage, selon comment on se représente l’exercice... On l’a pressenti dans cette histoire de liberté, on peut le retrouver par exemple dans la « réalisation du souverain bien » comme supposant l’immortalité de l’âme, puisqu’il ne peut pas se réaliser autrement que par un progrès allant à l’infini... (cf, Kant, Critique de la Raison pratique, à propos de l’immortalité de l’âme). Peu importe, ça vaut le coup d’aller s’y plonger en empruntant cet angle... Je n’ai pas envie de développer outre mesure... Toujours est-il que ce passage fait tout à fait notre affaire, si on le prend complètement autrement. Si on dit ici qu’il n’y a pas de finalité, pas de fin – je confonds ici les termes –, on dit bien qu’il n’y a pas quelque chose comme des individus et du supra-individuel. A partir du moment où il n’y a pas de fin, c’est-à-dire à partir du moment où ça n’atteint pas un seuil où on pourrait en faire quelque chose, toute la question de savoir ce qui meurt ne se pose plus et dès lors, dans ce jeu de décharge, rien ne vient renforcer quelque chose comme une identité. Ca ne veut pas dire qu’il n’y a pas quelque chose comme un corps mort à un moment donné, ça veut dire que le passage fait que la question de la mort et la question de l’immortalité ne peuvent pas venir nous hanter.

 

  Je voudrais prendre cette question du passage, c’est-à-dire où des choses comme l’identité ne peut pas venir bloquer la prolifération d’effectuations dédifférentielle sous un autre angle... Il y a un article dans la revue Nature Reviews Genetics, qui fait le point sur un certain nombre de pistes concernant quelque chose qui s’appellerait la « paléovirologie », et quelque chose qui s’appellerait « l’exaptation » entre virus et, par exemple, corps humains (en réalité n’importe quel organisme eucaryote), qui m’intéresse beaucoup. D’abord parce qu’il reconsidère l’idée qu’on se fait de l’évolution, puisque-là il ne s’agit plus à des codes génétiques de muter mais de recevoir des séquences de virus, mais surtout, précisément parce qu’il pose des questions au cœur de nos préoccupations sur la canopée (le niveau où la question individu/groupe ne se pose pas), la mycorhize synallagmatique, etc...

 

  Les chercheurs Cédric Feschotte et Clément Gilbert exposent dans leur article les différents mécanismes par lesquels virus et eucaryotes en quelque sortent collaborent. Ils parlent d’abord de l’interférence virale dans l’expression des gènes de l’hôte (C. Feschotte et C. Gilbert, Endogenous viruses: insights into viral evolution and impact on host biology, in Nature Reviews Genetics, volume 13, April 2012, p. 289), ça ce n’est pas fait pour nous chambouler l’idée qu’on s’en fait ; décrivent l’incorporation de séquences de dérivés de rétrovirus endogènes dans la régulation génétique des mammifères comme promoteurs, amplificateurs ou signaux Polyadénylation (Ibid., p. 290) et même comme donateurs de facteurs de transcription... ; mais ils poussent l’intuition plus loin encore en démontrant le bénéfice pour l’hôte, à un stade précis du développement et pour certains tissus, des propriétés immunosuppressives de certaines protéines rétrovirales de rétrovirus endogènes en prenant comme exemple le placenta syncytiotrophoblaste (Ibid., pp. 292-293) ; et concluent en prolongeant cet exemple du syncytiotrophoblaste, qu’ils ont décidément bien étudié, ce « nouveau tissu », « clé dans la reproduction », qu’une « domestication convergente » entre des « propriétés fonctionnelles héritées d’un style de vie viral » et un environnement « transcriptionnellement » permissif comme le placenta a, semble-t-il, permis « d’inventer » (Ibid, p. 293).

 

  Au fait, ils nous décrivent une relation de “co-évolution” virus/eucaryotes, où d’une part « prêt d’un demi million d’insertions virales se sont fixées sur le génome humain » (Ibid., p. 288), où « beaucoup de virus deviennent parties du matériel génétique de leurs hôtes » (Ibid., p. 283) et où d’autre part « la défense antivirale de l’hôte serait vue comme une pression sur certains gènes de virus endogènes à diversifier leur fonction » (Ibid., p. 293) et à « développer des stratégies pour minimiser leur impact nocif » (Ibid., p. 283). Clément Gilbert, dans une interview sur le blog Passeur de Sciences, exemplifie cette relation : «  L’hypothèse serait que les virus d’hépatite B actuels trouvés chez l’homme sont pathogènes car ils circuleraient chez lui depuis relativement peu de temps. Ils seraient donc « mal adaptés », incapables de se maintenir sans causer trop de dégâts. Le système immunitaire de l’homme, également mal adapté au virus, est incapable de le tolérer, ce qui génère un conflit évolutif, une course aux armements. » Il ajoute : « Nous proposons que ce type de situation en déséquilibre ne reflète pas l’évolution à long terme des Hepadnaviridae et que, la plupart du temps depuis 19 millions d’années, ces virus ont évolué en paix avec leur hôte, sans induire de pathologie et en étant bien tolérés par leur système immunitaire. »

 

  Alors, la paléovirologie demande encore à se développer pour voir si ces thèses se confirment ou s’infléchissent, certes, mais pour nous, qui ne réfléchissons plus par opposition et concurrence de termes, mais par dédifférenciation (évidemment pas au sens biologique du terme, mais au sens que nous lui donnons ici), vous imaginez le fracas de la découverte d’un pareil concours symbiotique, qui redéfinit une relation où il ne s’agit plus de détruire l’autre pour se maintenir, de maintenir l’autre pour le détruire, etc..., mais où s’ouvre ce seuil de passage où vous ne pouvez pas distinguer le virus de l’hôte. On disait grossièrement qu’on ne peut pas penser des choses comme la fin ou l’identité... On ne dit pas ça pour s’empêcher de penser, mais pour dégager, déblayer... Ce qu’il faut voir, c’est qu’avec nos histoires de prolifération dédifférentielle et de concours mycorhiziens, on peut penser le passage.

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Published by claude pérès - dans LOGOS (dire - penser - agir)
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