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3 septembre 2008 3 03 /09 /septembre /2008 05:53
Il y a quelque chose d'assez étrange, pour quelqu'un que les détails de la vie privée des autres ennuient, à voir les médias, à commencer par ceux "sérieux", se régaler avec des choses qui ne sont quand même jamais que des ragots. Ce qui est étonnant là-dedans, c'est la marche implacable et sûre d'un truc incroyablement réactionnaire et normalisateur.

Ce n'est pas seulement  que l'on sache que tel (John Edwards) a trompé sa femme avec telle, ni même que l'on sache quand et encore comment, ni que la fille de telle autre (Sarah Palin) soit enceinte avant d'être mariée ou que son mari a conduit en état d'îvresse à 22 ans, ce n'est pas seulement qu'il y ait des gens pour éplucher les biographies, enqueter, révéler ou fabriquer les "scandales", ou d'autres pour les acheter, des "amis" pour se faire payer leurs confidences et leurs témoignages et marchander leur trahison, bref un système entier qui s'organise autour de choses terriblement sordides, ça, j'imagine que ça pourrait être drôle. C'est surtout ce que ça révèle de ce qui est demandé à un candidat à la présidence des Etats-Unis, qui n'a absolument rien à voir avec l'exercice de ses fonctions : répondre et correspondre à des valeurs morales archaïques.

Alors on dira que ce qui condamne la carrière de John Edwards, ce n'est pas son aventure, mais le fait qu'il ait menti. Certes. La subtilité du raisonnement amuse, qui ne voit pas que s'il avait menti sur le fait de porter ou non des chaussettes, sa carrière poursuivrait son bon déroulement. Ou on dira encore que la gravité des frasques de l'entourage de Sarah Palin tient plus de ce qu'elles révèlent du manque de sérieux de l'équipe de McCain, qui n'a pas assez épluché son dossier avant de la choisir comme co-listière, sans tenir compte du fait que ces frasques ne nous regardent absolument pas.

Car c'est bien le fait que des candidats soient attendus au tournant de leurs valeurs morales qui m'étonne. C'est bien le fait que ce ne sont pas des hommes ou des femmes amenés à gérer des affaires qui se présentent, mais des familles entières qui se livrent pour rassurer sur la probité d'un candidat. C'est bien ce curieux mélange qui veut que soient tout autant questionnés le programme, que les valeurs de l'homme, sa morale et sa foi.

Qui se présente à cette élection ? Qu'est-ce qu'il présente ? A qui le présente-t-il ? Sont forcément les questions qu'on se posait à voir Michelle Obama rentrer autant dans le détail lors de son discours à la convention démocrate, allant jusqu'à raconter comment son mari l'a draguée, pour donner une image de bons et parfaits petits bourgeois hétéros blancs et rassurer l'Amérique.

Que, parfois, des gens peinent à faire croire qu'ils correspondent au modèle du fils-mari-père parfait, qu'un détail de leurs vies trahisse l'impossibilité de se soumettre entièrement à de telles valeurs, c'est certainement la moindre des choses. Que ces valeurs et ces attentes ne soient pas pour autant remises en cause, c'est ce qui est forcément étonnant et inhumain.

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Published by claude pérès - dans En Ville (Politique)
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