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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 17:01
Adel Abdessemed Exil
abel-abdessemed.1183828303.jpg  J’ai soulevé plusieurs choses dans l’article précédent que j’ai laissées en suspens pour plusieurs raisons. La première étant à cause du bruit infernal, c’est-à-dire venu des enfers, qu’il y avait dans ma rue et qui bloquait mon processus intellectuel, la seconde venant du fait que j’étais plutôt en train de conclure quelque chose que de développer, la troisième tenant à ce que de toute façon, pour plusieurs raisons encore, je préfère que ma pensée fuse, plutôt qu’elle analyse, mais peu importe.

  J’ai posé, ou plutôt glissé cette question : « est-ce que le monde est la société ? », « Il y a-t-il un autre monde que celui social ? », question qui comprend forcément « est-ce que l’être humain est autre chose qu’un produit social ? ». Il se trouve qu’en y repensant, je tiens à m’arrêter un peu sur cette question, parce qu’elle me semble être au cœur de quelque chose d’important dans la philosophie du XXe siècle, à savoir que cette question ne se pose plus du tout. Ca, c’est parfaitement merveilleux, parce que c’est LA question qui insiste dans toute idéologie, religion et philosophie de tous les temps. On fait des religions et des philosophies pour cette question-là, pour la traverser, la contourner, la poser ou se reposer dessus. C’est ce qui aliène fondamentalement, c’est-à-dire ce qui fait le lien, la corrélation entre religion et philosophie, où la philosophie a forcément à voir avec la religion et réciproquement, parce que les deux s’articulent autour de cette question. Les problèmes d’infini ou de finitude, comme les problèmes de morale ou d’éthique, ou encore les problèmes de formalisation de la logique, ou que sais-je, sont secondaires et anecdotiques, ce sont des mécanismes d’une pensée animée par cette question qui tend à départager homme et société. La philosophie, c’est cette discipline obstinée qui s’acharne à soustraire aux religions les questions fondamentales qu’elles s’accaparent et auxquelles elles ne répondent que par des fantasmes et des pirouettes. C’est pour ça que la philosophie est toujours encline à dépister avec un enthousiasme farouche, et buté parfois, les leurres et les illusions. C’est pour ça par ailleurs que beaucoup de philosophes ont frôlé l’excommunication. C’est ce qui biaise aussi la philosophie, puisqu’elle est prise dans des rapports différentiels qui fait qu’elle situe les religions en se situant par rapport à elles, là où elle ferait mieux de les laisser délirer. Enfin bon…

  Cette question, « homme vs société », on peut dire qu’elle a été prise par tous les bouts, dans des histoires d’essence et de substance, dans des histoires d’ontologies, dans des histoires d’un et de multiple, dans des histoires de nature, dans des histoires de psychologies et de sociologies… Elle n’arrête jamais de se poser, dire qu’elle insiste, c’est vite dit, elle obsède même. Est-ce à dire qu’elle est insoluble et qu’aucun des éléments de réponse émis au cours des siècles n’a pleinement satisfait ? Oui, certainement. Mais c’est aussi parce qu’elle est vouée à être mal posée et sans doute tout simplement parce que, exactement comme la question de l’existence des dieux, l’existence de l’homme ne se pose pas. Ce ne sont pas des questions, c’est pourquoi ça n’appelle pas de réponse. Il faut voir pourquoi elle se pose cette question, en fait il n’y a pas une question mais bien un faisceau de questions autour de « homme vs société », un faisceau qui tourne autour sans jamais l’atteindre, comme la plupart des préoccupations humaines. Il faut donc voir pourquoi ce faisceau se repose inlassablement en dehors du fait que les êtres humains préfèrent les questions sans réponse aux réponses sans question.

  Le point d’achoppement qui fait insister ce faisceau de questions, j’ai tenté de le saisir dans toute mon histoire de foule, de survie de l’espèce et d’individus déjà morts. Vous avez une espèce vouée à survivre, des individus voués à se reproduire et déjà morts au regard de la survie de l’espèce dès lors qu’ils jutent, qu’ils produisent du jus pour les mâles ou qu’ils produisent des ovules pour les femelles. Et là vous avez ce truc irréconciliable entre cette foule dont la survie est assurée et cet individu qui peut mourir, qui est déjà mort, qui ne sert plus à rien, qui n’a plus aucune fonction d’aucune sorte. Avec ce truc irréconciliable s’installent les dualismes et les rapports différentiels où l’être humain va situer et se situer par rapport à la foule. De plus, avec ce truc irréconciliable, la question éblouissante, aveuglée et aveuglante, de l’existence de l’homme peut et doit se poser, ne serait-ce que pour occuper ce moment presque interminable où, déjà mort et inutile, sans fonction, il attend de ne plus fonctionner du tout, de mourir enfin tout à fait – un corps vivant est un corps qui fonctionne, bien ou peu ou mal, peu importe et un corps mort est un corps qui ne fonctionne plus -. Je ne décris pas un drame originel là, je décris un mécanisme, je décris quelque chose en mouvement. Et là, vous avez un corps vivant, un corps qui fonctionne, mais qui n’a plus aucune fonction dans une survie de l’espèce assurée. Dès lors, on sent très bien ce qui va pousser les gens à s’interroger sur le sens de la vie, l’existence, etc., comme on sent la vanité désespérante de ces interrogations. Comment situer l’individu par rapport à une société pour laquelle il est déjà mort ? Comment faire une société d’individus morts ? C’est comme ça qu’on va glisser et dériver vers des questions d’ontologie et de morale. On va poser le problème d’organiser ce que Proust appelait le temps perdu, mais qui ne se retrouve jamais. Et le plus drôle, le plus mignon, c’est qu’on va très sérieusement, avec méticulosité et rigueur, tenter de cerner ce qu’est un être humain afin de dessiner au mieux un système. C’est là que naissent les religions et les philosophies. L’idée, c’est de faire tenir tout ça.

  Le déploiement de cette problématique est délicieux. Mais il part toujours donc de ce truc irréconciliable posé comme idéologème. Et tout le faisceau de questions qui va directement animer la philosophie et indirectement les religions, parce que les religions camouflent leur problématique coercitive derrière des écrans de fumée mystique, va toujours se poser afin de « réconcilier » l’homme et la société en contournant toujours l’inutilité fondamentale, la mort, de l’individu. Alors il faudrait développer, mais pour balayer d’un geste des siècles de pensée, on peut dire que quoi qu’il en soit, on retombe toujours sur le fait que « l’homme est raisonnable ». On voit bien toutes sortes de tentatives diverger mais elles butent toutes sur cette idée que « l’homme est raisonnable », parce que sinon, si on ne peut pas faire avaler des couleuvres à l’homme, ça ne peut pas tenir. Il faut que l’homme soit raisonnable, donc il est dit qu’il l’est, point, ça ne peut pas être discutable. Vous avez des gens qui discutent quand même, depuis Aristote jusqu’à Spinoza, celui-ci, par exemple, faisant des avancées immenses, effrontées et savoureusement amorales, mais ça va toujours se refermer sur la raison de l’homme qui transforme sa liberté en libre-arbitre, comme on transforme, alors, je dirais, l’or en plomb, et qui consiste à se soumettre à la société, vous avez encore ça chez Hegel. Il est raisonnable et, cela va sans dire, coupable. La justice, par exemple, est en plein dans ce genre de préoccupations, à dépister la et les raisons pour mesurer la culpabilité, avec toute une étude scrupuleuse sur les intentions du justiciable que décrit brillamment Foucault. L’individu est raisonnable, coupable mais encore endetté. Car il y a aussi toute une histoire de dette que Deleuze dénonce en s’appuyant sur la lecture lacanienne de « l’homme aux rats ». L’individu doit à la société. On peut dire que l’inconscient, c’est ce poids hallucinant que la société fait peser sur un individu qui, comme le pointait Nietzsche, ne sent plus les chaînes qui le circonscrivent, puisqu’on ne les sent qu’à se débattre. Le moins qu’on puisse dire, c’est que, raisonnable, coupable et endetté, il ne se débat plus ou alors il se débat pour mieux resserrer ses propres chaînes, de lui-même, enfin peu importe, j’ai développé ça ailleurs.  Bref, on traverse les siècles comme ça pour en venir à celui sur lequel on s’arrête ici, le XXe, où là ces rapports « homme vs société » vont trouver leurs descriptions les plus précises, les plus solides, mais où, en même temps, vont taire les questions qu’ils posaient.

  Il y a tout un mécanisme de pensée qui tombe au XXe siècle, qui s’articulait sur l’origine, l’ontologie et des définitions de toutes sortes. On se disait : « l’homme est » tel ou tel truc, par exemple raisonnable, « le bien est » tel truc, par exemple d’être raisonnable – ça formait des boucles systématiques – donc l’homme par rapport au bien, etc… Ce qui est assez amusant, c’est de voir ces tentatives de départager les choses, à se demander comment serait l’homme s’il n’y avait pas la société, ou que serait le bien absolu, alors que toute cette pensée s’élabore par rapports différentiels et situationnels. Penser l’absolu, penser quelque chose au-delà de ses rapports, c’est forcément voué à l’échec parce que les mécanismes avec lesquels cette pensée s’élabore ne fonctionnent que par rapports, comparaisons, combines et situations. Vous pensez le bien parce que vous pensez le mal, vous pensez l’homme parce que vous pensez la société, etc… Donc bon, avec le structuralisme, par exemple, on a bien vu l’inefficacité de ce système de pensée en dégageant les mécanismes avec lesquels elle se développe. Qu’est-ce que ça change ? Eh bien, ça fait qu’on ne va plus se perdre à définir quoi que ce soit, et donc, on ne va pas se demander ce qu’est l’homme dans l’absolu, parce qu’on a enfin compris que l’homme est tout autant fabriquer par la société qu’il la fabrique, on a compris le rapport et l’aliénation, y compris jusque dans le mécanisme même avec lequel on le pense. C’est à ce moment-là que les gens vont être un peu abattus, parce qu’ils vont se sentir dépasser par les structures et les mécanismes. Ils vont s’enthousiasmer à décrire, dépister, fouiller les structures et les rapports et noyer l’être humain dans tout ça. Là je l’ai déjà beaucoup dit ici, ça va aller jusqu’à décrire le « sujet » comme une lettre de l’alphabet. Est-ce que ça change fondamentalement quelque chose ? Eh bien, il faut voir… La question, c’est : est-ce que la culpabilité et la dette sont levées ? Et alors, ben non. Le XXe siècle va penser les rapports avec lesquels ont pense, c’est-à-dire penser sur ce avec quoi on pense plutôt que penser avec quoi on pense sur quelque chose. On va retrouver ça dans l’Art, où les mécanismes du support ou du langage lui-même va servir de matière d’étude. Vous avez Lachenman dans Guero, qui va interroger brillamment, insolemment, le piano lui-même en tant qu’objet ou des pages époustouflantes de Duras sur l’écriture elle-même. Prenez Rauschenberg, comment il interroge le tableau en tant que matière, toile, cadre… Prenez Godard qui commence dès le Mépris, où la seule scène d’amour de tout le film, ce n’est pas du tout celle entre Bardot et Piccoli, non, ce n’est pas de l’amour, c’est de l’ironie, non mais celle où Godard lui-même sautille passionnément derrière Fritz Lang, et qui va jusqu’à ce bouleversement des Histoire(s) du Cinéma. Vous voyez ce truc du XXe siècle à dégager les mécanismes et à les retourner contre eux-mêmes, contre c’est-à-dire à l’encontre mais aussi tout contre. Ca c’est ce que le XXe siècle a su faire de plus fort, de plus révolutionnaire, de plus radical. C’est la chose la plus réjouissante du monde. Mais bref, dégager et retourner les mécanismes, ça va être immensément utile, ça va permettre d’y voir plus clair, mais ça ne peut pas suffire pour autant.

  On peut prendre l’exemple de Freud. Toute sa vie, Freud l’a passée à étudier les mécanismes de la psyché humaine, on le sait. Il ne va pas se perdre dans des définitions, d’ailleurs s’il ne décrit pas vraiment des rapports, ça c’est Lacan, il va décrire des dynamiques, des mouvements, etc. Avec Freud, aussi fantaisiste qu’il puisse être parfois, on va quand même avoir une matière précieuse dans les mains pour concevoir, saisir un certain nombre de ces mécanismes avec lesquels on conçoit et saisit. Il concentre tellement son étude dans une tentative empirique et a fortiori – il faudrait voir aussi le leurre de l’a fortiori – qu’on peut finir par se dire, et c’est un des erreurs les plus grossières des psys, qu’il cautionne ce qu’il décrit. Il y a des psys pour vous expliquer que Freud valide un système dit patriarcal où le père a telle fonction – par exemple celle d’être mort comme dieu - et où la mère a telle autre fonction – par exemple celle de vouloir la mort de son enfant – alors qu’il ne fait que le décrire. C’est très différent, même si la différence ne semble pas leur venir à l’esprit. Et voilà cet homme, Freud, qui sur la fin de sa vie va lancer ces cris du cœur, et s’y reprendre à plusieurs reprises, dans l’Avenir d’une illusion, dans Malaise dans la civilisation, pour dénoncer une société dont l’injustice des sacrifices qu’elle demande est telle, selon lui, qu’elle ne peut pas se maintenir. Vous voyez ce malentendu désespérant. Toute cette praxis qui va par exemple décrire le Surmoi comme un tortionnaire, une instance plus dure, plus cruelle encore que le père, la police ou la loi, parce qu’elle est la personne elle-même, à qui rien n’échappe, scrutant la moindre pensée, la moindre velléité, présumées coupables – là on est en plein dans le libre-arbitre vous voyez – et toute cette société qui va récupérer cette praxis pour conforter son assise. Voilà un truc étrange entre un homme qui ne fait pas l’ontologie de l’être humain, qui ne dit pas l’être humain est condamné à faire ça, à vivre ça, à être comme ça et toute une utilisation de cette praxis qui n’est qu’ontologique, qui prend chaque mot de Freud au pied de la lettre et en tire des conclusions hâtives.

  Vous avez deux points très faibles dans cette démarche ambitieuse du XXe siècle de ne pas se lancer dans des généralités ou des dogmes à l’emporte pièces, à se contenter de décrire, d’analyser, d’étudier non pas même des entités, mais des rapports ou des mouvements ou des structures. Le premier malaise, c’est cet engouement pour les descriptions, où ce qui va être dénoncé va tomber à plat, parce qu’aucune ligne de fuite n’est tracée, aucune possibilité n’est ouverte, aucun mécanisme n’est proposé, ce qui, loin de bloquer les idéologies, au contraire, permet à des systèmes de se rabattre. Vous voyez comment des gens, on va dire « installés », lisent Foucault, vous voyez comment des matons n’ont que les mots « panoptique » et « transparence » à la bouche et vous mesurez l’échec de la portée de son travail. C’est qu’il n’est pas allé jusque-là où c’est innommable, irrécupérable, dans ce que Deleuze, à la suite d’Artaud, aurait pu appeler « les profondeurs sans surface ». Peu importe. Ca c’est le premier point faible, dire : « voilà comment fonctionne le feu, maintenant vous en faîtes ce que vous voulez, vous brûlez des livres ou vous vous réchauffez ou vous brûlez des livres pour vous réchauffer, etc… » Bien sûr, je serais le premier à couper la tête de celui qui préconiserait d’utiliser le feu comme ceci ou comme cela, pour telles raisons, avec telles intentions, comme je coupe la tête ici de Foucault et des préconisations maudites de sa conclusion des Mots et des Choses. Mais, pour la même raison que les trucs duels sont des trucages et des fabrications, l’alternative ne peut pas être simplement entre dire quelque chose ou ne rien dire, préconiser ou laisser faire. Si vous faîtes l’un dans une logique duelle et différentielle, vous faîtes l’autre, regardez Foucault, il met à mal les préconisations et il en fait une préconisation, entendez : il fait le dogme de mettre à mal les dogmes. Le deuxième point faible il se trouve dans ce que vous maniez, ce que vous utilisez pour décrire ces mécanismes, structures, etc. Vous installez un rapport, bon, un rapport entre quoi et quoi ? C’est ça la grande question qui insiste toujours, et que le XXe siècle tait. Vous décrivez le rapport entre l’homme et la société. Vous n’allez pas définir l’homme, ni la société, ça ne se fait plus, vous voyez pourquoi, mais vous allez les saisir dans leurs rapports. Mais vous faites quoi en faisant ça à votre avis ? Vous êtes en train de définir et l’homme et la société d’une façon détournée et biaisée. Parce que pour que ça marche votre rapport, vous devez installer ses deux termes, et vous les posez forcément, même plus comme des axiomes arbitraires et invérifiables, mais comme des idéologèmes, arbitraires, invérifiables mais encore fuyants, insaisissables et dont l’ombre insiste toujours. Vous ne posez plus la question « homme vs société », mais elle se pose, elle est impliquée dans tout ce que vous dîtes et en ne la saisissant pas vous-mêmes, vous la laissez retomber et se rabattre.

  Alors le XXe siècle a pris peur avec cette question « homme vs société » et il a eu raison de prendre peur, parce qu’elle trimballe avec elle les dogmes, les idéologies, les systèmes, les justifications des entourloupes les plus injustes et les plus meurtriers du monde. On peut maudire toutes les réponses qui ont été apportées à cette question, on voit bien qu’elle ne se pose pas et certainement pas en ces termes, certes, mais ce n’est pas une raison pour ne plus rien dire du tout, parce que ne plus rien dire du tout, c’est aussi laisser dire et il ne peut y avoir aucune bonne raison de se laisser confisquer la parole. Le XXe siècle a merveilleusement pointé et mesuré l’obstacle, d’autant plus merveilleusement qu’il a eu largement le temps, puisqu’il s’y est arrêté. Est-ce qu’il s’agit de reposer cette question « homme vs société » ? Et comment ? Comment on lève la culpabilité et la dette que le XXe siècle décrit et laisse courir à force de descriptions ? Mais déjà, avec cette histoire de survie assurée de l’espèce et d’individu sans fonction, on peut se demander quelle dette ? Celle d’organiser un temps perdu ? Comment on va s’y prendre alors pour penser cette question ou ne plus la penser du tout, la faire tomber ? Quelle question ? Quelle pensée ? En revenir aux définitions ? Recommencer à fixer des trucs arbitraires et imaginaires pour essayer d’y voir plus clair ? Faire un faux tri entre des faux trucs et des faux trucs ? Sûrement pas évidemment. Discuter les travaux qui ont été menés au XXe siècle, c’est pour mieux les utiliser, pas pour ignorer aveuglément les possibilités qu’ils ouvrent. Non, il faut déjà commencer par aller voir les modalités de la pensée et de la parole elles-mêmes. Il est nécessaire de sortir de l’impasse de leur fonctionnement binaire qui fait que pour dire ou penser quelque chose, pour que votre parole et votre pensée prennent sens, vous avez à les situer par rapport à quelque chose que vous situez. Vous avez là d’une part un artifice et d’autre part un blocage. Reprenez encore cette conclusion des Mots et des choses, là Foucault sent bien qu’on ne peut pas dire n’importe quoi, du coup sa logique, c’est d’aller dans le corrélat, le pendant duel et binaire de dire n’importe quoi… Qu’est-ce qu’on fait si on ne veut pas dire n’importe quoi ? Logiquement : on se tait. Certes, oui, bon, mais on ne sort pas du truc, du trucage duel là, on fait le va-et-vient d’un corrélat à l’autre, ça ne peut pas être satisfaisant. Prenez cette démultiplication des dualismes dont Deleuze a besoin pour exprimer des rapports, à quel point c’est astucieux et puissant, mais à quel point aussi ça fixe des entités fantomatiques comme termes des rapports. Bon, alors c’est la logique, la pensée et la parole qu’il va falloir attaquer maintenant.

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commentaires

max 16/12/2007 17:51

Pour une fois, je ne comprends pas ton blog, pas du tout parce que l'idée de départ je ne l'entends pas; tu sembles dire que la question "l'homme vs société" c'est la question centrale de la philosophie, sauf que la société c'est un concept qui apparaît avec la modernité avec machiavel, puis pascal et rousseau, et la question ne se posait pas avant; les grecs d'abord, être citoyen c'était un fait, ça te constituait comme homme, pas de question à poser; on délimite juste ce qui y appartient, ce qui n'y appartient pas et on veut même à tout prix y appartenir (les stoiciens et leur idée d'une cité totale mondiale où chaque homme a sa place); c'était des cosmologies; les concepts de société et de culture n'avaient pas du tout ce sens là; puis le christianisme hop on en remet ue couche: cité terrestre, cité de merde, cité de chair, cité dégueulasse; augustin qui gerbe sur rome pour vanter la cité divine; il ne s'agit jamais là de situer socialement; on est des membres sans place; on a tous la même place; il n'y pas de place; il y a juste qu'on est des membres d'un corps; on parle de corps pas de société. Puis le moyen âge alors là c'est le comble, on pense l'homme, dieu, l'être, l'analogie de l'être; on fait des cosmologies; coutume, culture, politique sont oubliés; alors ensuite oui, il y a machiavel (pour qui l'homme n'est pas raisonnable), hobbes (pour qui l'homme est méchant); qu'est ce que je veux dire? La pensée de la société nait quand dieu meurt quand l'homme raisonnable meurt; la modernité tue dieu, elle crée la société et  comme il y avait homme vs dieu, il y a alors homme vs société et c'est là que la question est posée.je ne crois pas qu'il faille lre la philosophie avec nos yeux d'homme d'aujourd'huienfin les problemes de la formalisation de la logique sont les problemes principaux des américains, post wiitgensteiniens, alors cette question il n'y a pas plus contemporainbon j'ai peut etre rien compris à ton blog; sans doute; c'est pour ça que je réagis d'ailleurs; pour que tu m'expliques et que tu me montresc'est bien de reagir je crois

claude pérès 16/12/2007 18:12

C'est très bien de rentrer dans le détail, c'est très bien si ça n'empêche pas de foncer dans le tas.Ben je ne sais pas ce que tu veux que je te dise, c'est "homme vs société" que tu ne comprends pas, alors ben une "éthique à nicomaque" c'est en plein dans "homme vs société",  les "dix commandements", tous les textes sacrés, les stoïciens et les cyniques qui tolèrent l’inceste et le cannibalisme, Hobbes qui fait de la raison une « loi naturelle »… penser l'être, puis l'individu, puis l'homme... penser les modes de vie sociale, puis les régimes et enfin la société elle-même, puis penser l'homme comme produit social et la société comme produit individuel… oui tu as des lignes qui mutent, des vocabulaires qui se substituent, des points d'interrogations qui se déplacent oui, bon, est-ce que ça veut dire que les questions changent complètement, que les êtres qui les posent ne sont plus les mêmes du tout, eh bien peut-être, oui, pourquoi pas... oui, peut-être que rien n'est permanent, qu'il y a des générations spontanées de gens comme ça qui tout à coup vont penser complètement autre chose avec même des mécanismes de pensée complètement nouveaux qui ne correspondent à rien d'avant et qui ne viennent de nulle part, oui si tu regardes la terre depuis, je ne sais pas, Mars, ou si tu lis la philo dans les livres, tu vois ça, des trucs qui poussent comme ça, des mauvaises herbes. Bon il n'y a aucun rapport entre l'interdiction de la sodomie et la surconsummation capitaliste du sexe, ce n'est pas du tout les mêmes siècles, ça n'a rien à voir du tout, bon, pris comme ça, c'est sûr. Tu regardes dans le détail, tu vois il y a cinquante ans "l'usure" c'était un pêché, maintenant les banques accordent des prêts à tout va et mettent les gens dans des situations de surendettement, alors oui c'est très différent. Bon, moi je regarde les fonctions des trucs, eh bien en tant que fonctions interdire la sodomie ou vendre des DVD de films pornos, c'est pareil, c'est pareil dans des contextes différents à des époques qui n'ont rien à voir, qu'on ne va pas comparer du tout d'ailleurs. Tu regardes des séquences d'époques, tu vois des organisations qui tiennent, tu regardes comment ça tient. Tu vois qu'ils ne se posent pas les problèmes pareil, qu'ils n'ont même pas les mêmes éléments en main, ni les mêmes termes, ni les mêmes mécanismes, mais enfin tu vois bien qu'il y a des puissances et des organisations qui tendent à se maintenir. Et puis même, je vais plus loin, en gros les éléments sont les mêmes, c'est simplement l'importance de tel ou tel qui diffère selon les époques. Par exemple il y a toujours des aristocrates là maintenant, et il y a toujours eu des sodomites, ou je ne sais pas, il y avait un Parlement dans l’Ancien Régime et des ministres aussi, tu vois, c’est drôle. Tu as des fonctions qui sont remplies par d’autres trucs comme tu as les mêmes trucs qui ont d’autres fonctions…Alors bon pour moi "homme vs société" c'est un nerf, un point sensible de tout le travail intellectuel et je ne vois pas que tu ne le voies pas. Si tu penses que homme libre vs dieux c'est très différent de chevalier vs dieu très différent aussi de citoyen vs République ou sujet vs structures bon, eh bien oui, c'est très différent oui, qu'est-ce que tu veux que je te dise, je ne vais pas te dire l'homme c'est tel truc général qui fait que c'est en même temps un homme raisonnable, un citoyen, un névrosé et un croyant et que la société, c'est tel autre truc qui traverse les républiques, monarchies, et autres régimes capitalistes... Je peux te désigner des puissances et des organisations, l'être humain c'est une puissance qui va traverser les statuts homme libre ou esclave, croyant, serf, vagabond, consommateur, patient, et la société c'est une organisation qui va muter entre cités, principautés, monarchie, sectes, régimes, sociétés... Je sais que je ne peux pas te les définir, je ne peux pas en faire des entités, je ne peux pas les situer, je peux te dire qu'il y a un mécanisme de puissance et un mécanisme d'organisation et que ces deux mécanismes tendent à tenir et à se maintenir et qu'ils mutent quand ça ne tient plus, parfois radicalement, au point de ne plus les reconnaître, même si leur mutation n’est pas spontanée et ne vient pas de nulle part – les puissances comme les organisations sont entre nécessités et possibilités, toujours - et donc peut-être au point où ils ne sont plus du tout les mêmes, crois-tu, penses-tu ? moi je ne sais pas...

myriam 14/12/2007 12:57

j'ai presque l'impression qu'à chaque fois qu'ou ouvrira la bouhe, il fudra se poser la question de ce que l'on va dire, comment on va le dire ?...peut-être au départ, peut-être après c'est une nouvelle logique qui se mettra en place ?ps : qu'est-ce-que c'est "définir quelque chose d'une façon baisée ?" ;-)

claude pérès 16/12/2007 18:36

mais enfin, il y a écrit "biaisée" non mais... ;-)