Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 novembre 2007 1 12 /11 /novembre /2007 17:33
Il y a le dualisme qui est tombé avec l’effondrement des idéaux aussi.

Le dualisme, c’était quelque chose de très pratique, je dirais de très commode, avec ce que ça comporte d’accommodements quelque chose de commode. Qu’est-ce qu’on fait avec le dualisme ? on ordonne les trucs, on classe, on trie, on évalue, on mesure, on règle, etc… Le dualisme, c’est le bien et le mal, évidemment, c’est aussi le particulier et l’universel, l’un et le multiple, l’homme et la femme, la vie et la mort, je ne sais pas, c’est indéfini la liste. Bien sûr, le plus important, c’est bien la question de voir comment ça marche.

D’abord, le dualisme, ça fabrique un truc et son contraire, ça c’est très important, parce que c’est avec ça que je peux dire que l’inconscient n’existe pas – j’ai oublié conscience/inconscient dans la liste, même si c’est plus compliqué – je peux dire que l’inconscient n’existe pas, que c’est une fabrication parce que la conscience est une fabrication, que l’un et l’autre sont des inventions. Donc le dualisme fabrique le truc et son contraire, c’est une seule fabrication, un seul accommodement.

Ensuite, les trucs duels, il faut voir que ça ne marche jamais par deux. Alors, déjà, il y a le « juste milieu » d’Aristote. Aristote il fabrique le truc et le contraire en même temps et puis il détermine une voie médiane. C’est très astucieux, sauf que tout est bidon évidemment. Et là, il faut voir que les multiplicités sont incluses dans le dualisme, entre le truc et son contraire. Pourquoi ça ?

C’est là que c’est important de comprendre comment marche le dualisme. Le dualisme, c’est de la situation. Ca situe les trucs par rapport à un référent fabriqué. Que ça marche par couple duel, ça permet de tout englober, de tout situer. Vous avez des femmes masculines, des vivants malades, des gentils pervers… Vous avez une multiplicité de situations en référence à un idéal, un seul idéal donc, duel. Ce qui est drôle, c’est de voir que ça se tient. Que – tiens je vais le prendre dans son dualisme après tout, c’est marrant - le situé tient le situant en s’y référant, le situant tient le situé en le référant. Ca se tient parce que ça se renvoie indéfiniment. C’est le plus génial, ça : les définitions sont indéfinies. C’est tout le temps en train de s’ajuster. Ca a un niveau complètement archaïque et très rigide, on le voit, situer quelque chose, c’est vraiment taper dans le tas, c’est un truc très grossier. Vous avez une puissance, appelez ça un être par exemple, et vous en faites une femme déjà, et pas n’importe quelle femme, mais une femme malade perverse. Vous voyez tout ce qui était possible et tout ce qu’elle perd en possibilités – et en puissance évidemment – en se situant. Ca ne fait pas dans le détail. Un autre exemple, vous avez un « corps sans organe » deleuzien, un corps sans organisation… non je vais le prendre par un autre bout cet exemple, vous avez des cellules souches, vous voyez tout ce qu’il y a de possible pour les cellules souches, et vous avez une possibilité de saisie, la possibilité pour ces cellules souches d’être les cellules de l’œil ou de la peau ou, etc… Vous voyez toutes les possibilités pulvérisées par une seule réalisée. Et toute la société fonctionne comme ça, chaque choix dans une vie sociale, c’est la situation qui se précise et les possibilités qui s’évanouissent. C’est pour ça qu’on est dans une société de spécialistes. Vous voyez les gens faire ça en couple, par exemple, non pas rendre possible avec l’autre, mais s’en tenir à une seule possibilité, ça fonctionne exactement comme un idéal, ça rend complètement impuissant. Donc bon, ça ne fait pas dans le détail et c’est très rigide et très grossier, mais par contre ça a aussi un niveau très souple et très précis, parce que vous pouvez tout situer, que tout se réfère à l’idéal duel. Ce que je décris là, c’est parallèle à la déterritorialisation/reterritorialisation capitaliste chez Deleuze et Guattari, mais je le prends autrement, j’en fais autre chose. Ce n’est pas une question de territoire ni d’axiomatique, c’est une question de situation, c’est la situation comme territoire, un territoire mobile qui se réajuste indéfiniment.

 Il y a des gens qui croient avoir renversé le dualisme en pensant en termes de multiplicités, c’est idiot parce que les multiplicités, c’est ce qu’il y a au milieu du dualisme. Si vous virez les pôles, mais que vous restez au milieu, ça ne change rien… c’est exactement pareil que les gens qui restent dans leurs prisons après que les murs sont tombés parce qu’ils ne savent pas où aller, ou qu’ils sont trop épuisés, ou qu’ils sont désemparés ou… quelles que soient leurs raisons. Voilà, quand même la philosophie, maintenant, tout de suite, à quoi elle peut servir, à rendre possible d’aller voir ailleurs que dans les ruines de la prison, mais bon… Il faut bien comprendre que si l’idéal est duel et binaire, si le « situant » est rigide, les situations sont multiples, le « situé » est très souple. – D’ailleurs, je précise quand même que c’est une blague ce dualisme « situé »/ « situant » parce que ce qui est situé situe en se situant, et ce qui situe est situé en situant. C’est un rapport, la situation, vous définissez un des termes, vous définissez l’autre, vous renvoyez à l’autre terme pour définir l’un.

Je vais prendre un autre exemple, je vais prendre la conception de Hegel du particulier et de l’universel. Hegel, il court-circuite le dualisme, c’est très intéressant comment il s’y prend, il dit que le particulier rejoint l’universel quand l’individu devient universel en étant reconnu en tant que particulier par tous. C’est très astucieux. Mais il y a deux problèmes. D’abord, faire se rejoindre deux fabrications pour en faire émerger une troisième, bon, ça reste toujours des trucs fabriqués au niveau imaginaire. Le verbe ne crée pas le monde, vous savez ? Ensuite, alors là, c’est le concept de reconnaissance chez Hegel. Il est très fort, parce qu’il y a ce rapport à la mort, on est reconnu parce qu’on prend le risque de mourir, ça aussi, ça court-circuite le dualisme, le dualisme vie/mort cette fois, c’est époustouflant, c’est terriblement nécessaire, on ne peut pas vivre dans le dualisme vie/mort, il faudra en reparler, mais on est reconnu. Il faut voir que les rapports maître/esclave ou pseudo-maître/pseudo-esclave ou bourgeois, citoyen… il faut voir que ces rapports, sont encore et toujours des rapports situationnels. Et il faut voir que pour Hegel, ne pas être reconnu, ne pas reconnaître, ne pas entrer dans un rapport situationnel, ça donne le « sceptique », celui qui donne tort au monde, celui qui vit d’être déjà mort et c’est malheureux comme tout.

Alors bon, je dirais que si les universaux sont tombés au XXème siècle, ça ne change pas tant le problème, parce qu’on n’a pas court-circuité l’idéal universel/particulier, comme on aurait pu le faire après Hegel, qui ouvrait une piste. On est en plein dans le particulier. On se situe entre particuliers avec ses particularités. Ce sont les particularités qui situent. Quand je parle d’images, je parle de particularités qui renvoient et situent. De la même façon, les féministes, elles n’ont pas bloqué les situations, elles font tomber le pôle homme pour que tout le monde soit des femmes. Je n’hésite pas à dire que si les idéaux se sont effondrés, c’est précisément parce que le rapport situationnel n’avait plus besoin d’idéaux auxquels se référer. Ca c’est l’autre niveau de ma conception du fonctionnalisme, ce n’est pas seulement à quoi ça sert, mais de quoi ça sert, ce n’est pas seulement que ça fonctionne, c’est que c’est voué à fonctionner. C’est parallèle au conatus. Il n’y a plus besoin d’idéaux, puisque tout se situe et situe dans des particularités. Les idées, les images des particularités se situent les unes les autres. La névrose, ce n’est que ça : une course idéale, c’est-à-dire « tantalienne » et macabre, pour faire se coïncider là où je suis situé et là où je me situe entre la multiplicité du duel inconscient/conscience.

Alors il y a encore à faire. D’abord, faire tomber le particulier, évidemment. Ensuite, bloquer les rapports situationnels, se faire réfractaire aux situations. Enfin, et là vraiment ce n’est ni malheureux, ni sceptique, il faut foncer dans toutes les possibilités. Si les situations glissent sur vous, vous êtes cellules souches, vous n’êtes plus un spécialiste ou un particulier par rapport à un universel effondré, tout est possible, non pas a priori, parce que le possible, c’est évidemment ce qui est voué à ne pas se réaliser, mais tout est possible parce que ce que vous réalisez, loin de situer ou d’être situé, rend possible.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Zes 25/10/2008 18:27

Bonjour merci pour ta réponse rapide :o)Si je comprends bien ce que va faire un humain ne le définira pas mais céera un espace dans le monde qui créera un carrefour de possibilités sans que lui ne soient attribué à ce carrefour. En d'autres termes pour sortir de la dualité ou de l'infitiné de car particulier tu dis que l'homme n'est pas définis par ses actes ou par ce qu'il a créé, il reste un rien et cela lui permettrait de devenir un tout ?Je reste néanmoins sur mon idée que dès qu'il veut faire une chose dans les formes, même si elle ne le définit pas, elle l'oblige à faire des deuils. Le fait sortir l'épée de son fourreau pour le samouraï l'oblige à faire le deuil de mille autre possibilité potentielle qu'il avait avant de sortir son épée de son fourreau. Et donc même si l'action de crée un possible ne le définit pas dans une singularité, elle le définit, à mon avis, dans le deuil qu'il doit faire d'autres portes qu'il ne peut pas ouvrir une fois qu'il a dirigé son faisceau de volonté dans une certaine direction.J'espère me faire comprendre :o)

claude pérès 26/10/2008 00:46


Je crois que tu as très très bien compris mon histoire de puissance au coeur d'un carrefour de possibilités, ça me fait plaisir :-)

Ensuite, écoute, je vois bien de quoi tu parles, renoncer à faire quelque chose pour faire autre chose... j'ai écrit un bouquin entier là-dessus lol Oui, l'inconscient freudien se situe là, par
exemple, c'est tout ce que tu ne dis pas pour dire quelque chose et que tu te trimballes, qui te poursuit, qui te hante... Oui, ce que tu dis est logique et pertinent... Pourtant ça crée un truc
binaire, la conscience/l'inconscient ou ce que tu fais/ce que tu ne fais pas d'autre...

Alors pour moi l'inconscient n'existe pas, c'est une fabrication... Parce que ce que tu ne fais pas, ce n'est pas une possibilité, c'est une hypothèse, c'est à un autre niveau, c'est autre chose.
Ne pas faire, c'est une possibilité, ce n'est pas quelque chose à quoi tu renonces, mais quelque chose que tu saisis. C'est une effectuation, c'est une conséquence et ça en déchaînent plein
d'autres.

Et je pense qu'un humain est au coeur d'effectuations, est lui-même effectuation effectée et effectuante...
C'est parce que tu saisis une possibilité que tu te retrouves devant une autre possibilité à saisir... C'est parce que tu as pris ton épée que tu as la possibilité de la sortir de son fourreau et
c'est parce que tu la sortiras de son fourreau que tu auras la possibilité de tuer, etc...

Ce n'est pas comme cette idée structuraliste et foucaldienne (époque les mots et les choses) que tout est joué, que c'est fait, que l'être humain est dépassé de toutes parts, non, ce n'est pas un
truc désolé et impuissant... C'est essayer de trouver les outils qui font qu'on saisit et provoque les possiblités plutôt que de rester au niveau des hypothèses impuissantes... C'est une tentative
joyeuse, une tentative de jouissance.


Zes 25/10/2008 15:11

Le paradoxe n'est-il pas qu'en voulant détruire la spécialisation de la cellule qui était une cellule souche à la base tu la contraint tout autant à l'impuissance ?La cellule souche qui ne resterait que cellule souche resterait en soit qu'un potentiel inexploité et donc impuissant. Si in situ la cellule pourrait se différencier en de nombreuses possibilités agissantes (cellule spécialisée) le fait de se différencier et de se spécialiser la rend agissante dans une direction donnée et ainsi la cellule passe de l'êtat à potentiel énorme mais impuissant à l'etat réalisé ayant une puissance limitée, elle doit faire le deuil de pouvoir tout être dans les faits par la contingence même de sa structure propre qui rendrait la cellule folle si elle devait en venir à réalisé toute les potentialités dont elle pourrait se targuer. C'est donc à mes yeux en restant souche qu'elle est le plus impuissante. Tout comme un sabre encore engagé dans son fourreauLa cellule souche en elle même à un potentiel qui n'est pas illimité, sa potentielle puissance reste liée à sa contingence de cellule type humaine. Elle n'a pas le potentiel d'être une cellule d'un organe sensoriel des chauves-souris se repérant dans le noir. Sa structure est sa propre limite dans son champs de potentialité réelle.La cellule souche reste lié au plan de ses possibilité, elle n'est qu'un point mais peu géométriquement se déplacer dans un seul plan, celui des ses possibilités finies de différenciation. C'est son plan d'action défini par sa structure même.Tu souhaites, me semble-t-il, que la cellule souche ai accès à la totalité de l'espace et puisse se libérer de sa contrainte d'être une cellule humaine et lié à un contingence planaire dans l'espace tridimensionnel des possibilités. Je doute que cela soit possible, la forme même de la cellule souche est cosubstanciellement liée à son incapacité à être toutes les puissances possibless.De même pour la nature de l'homme, aussi longtemps qu'il est en puissance de tout être il est complètement impuissant tant son champs d'action réel dans sa puissance est limité par la structure même, celle de son corps et surtout celui de son cerveau.Voilà pourquoi je pense que l'infini particulier a encore de très long jours devant lui.

claude pérès 25/10/2008 17:52


C'est très excitant à lire ce que tu soulèves et je suis ravi d'avoir à répondre sur ce point. Je ne vais pas le contrer, je suis d'accord, je vais essayer d'ajouter un autre point. Bien sûr il y a
quelque chose qui se joue dans l'organisation d'une vie entre tout et rien, mais on reste dans quelque chose de binaire là... Il me semble qu'on peut prendre ça par un autre bout. Mon idée n'est
pas de laisser intactes les possibilités potentielles en ne les saisissant pas, c'est très pertinent de ta part de décrire l'impuissance d'une telle démarche. Non, mon problème c'est que par un
glissement fou, une possibilité devienne une particularité. Là c'est faire parler la possibilité, c'est la faire entrer dans un processus de rapports situationnels... J'essaie de concevoir une
organisation où tu éclates la notion d'"être", tu ne montes pas un "être" particulier, avalé par des particularités qui le situent, tu saisis des possibilités. Et ces possibilités n'ont pas pour
conséquences de parler de ton être, non, leurs conséquences c'est d'ouvrir d'autres possibilités. Les choses peuvent se jouer au niveau de leurs effectuations : elles ne restent pas en puissance,
tu n'es pas avalé, tu es puissant, tu avales, tu te nourris, tu digères...


myriam 14/11/2007 20:40

as-tu écrit ce texte après ou avant 15h02 ? en tous cas c'est drôle...