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7 novembre 2007 3 07 /11 /novembre /2007 11:16
  Je vais continuer avec cette histoire de la philosophie du XXe siècle, l’effondrement des idéaux, etc. Il faut voir qu’on ne part jamais de rien. Je crois que c’est ce qui a poussé des gens à se demander qu’est-ce que c’est un homme de la nature, qu’est-ce que c’est la nature de l’homme, je crois que c’est ce qui a poussé des gens à faire des ontologies - chercher un point de départ – et des révolutions – partir d’un point - . Mais ça ne peut pas marcher. On ne part jamais de rien et on ne recommence pas à zéro. Ca, ça demande de concevoir les choses complètement différemment. On ne peut pas avoir les mêmes approches, on ne peut pas agencer les mêmes rapports et on n’exerce pas les mêmes forces quand on se rend compte qu’il n’y a pas de point de départ. C’est très important. Parce que ça veut dire qu’on ne peut pas prendre appui pour définir quelque chose en soi, que les appuis s’évanouissent. On ne peut pas dire « l’être humain, c’est tel truc », on n’en sait rien, parce qu’on ne peut déduire ça de rien. Alors on peut décrire des phénomènes, faire une historicité, et du coup on pourrait en déduire quelque chose ? Eh bien non, on ne peut pas en déduire quoi que ce soit à moins de tenter de fixer un point de départ. Et on peut se mettre d’accord, bien sûr, remonter un cours pour déterminer une origine, fabriquer des axiomes, ça peut paraître plus facile, plus pratique, mais c’est une démarche idiote, parce que d’abord c’est bidon et qu’en plus c’est très pauvre, très faible, très impuissant au regard de la force que permet une conception sans point de départ, une conception de mouvements, de poussées, de mutations, de puissances. Il faut se souvenir de Darwin par exemple, il faut voir tout ce que ça rend possible cette conception de la vie qui n’a pas comme point de départ le verbe de dieu ou le péché originel, mais qui décrit des forces. Ca va très loin parce que c’est une conception qui emporte des notions comme le bien et le mal, avec Darwin vous avez une espèce qui a muté par accident qui va survivre parce que c’est possible pour elle. Vous avez des papillons blancs partout qui passent inaperçus sur les murs blancs d’une ville et quelques papillons gris qui sont repérés tout de suite par les prédateurs et puis tout à coup vous avez la révolution industrielle, vous avez des cheminées qui crachent leur fumée dans toute la ville qui repeint les murs de ses miasmes en gris et ce sont les papillons gris qui passent inaperçus désormais et qui survivent, pas parce que c’est bien, pas parce qu’ils sont plus forts, mais parce que c’est possible. Il faut saisir une description de mouvement de forces et d’accidents comme celle-là, c’est immense. Il faut voir un être humain dans de tels mouvements, un être qui agit, qui saisit les possibilités et qui rend possible. Ca, c’est la pensée du XXe siècle, décrire ou dégager des forces, Foucault il en trace l’histoire, Deleuze il pense en termes de flux et même la psychanalyse, elle fabrique la libido comme dynamique et l’inconscient qui n’a pas de point de départ.

  Alors il y a des gens qui se sont laissés abattre. Il y a des gens qui se sont dits qu’ils ne pouvaient pas s’échapper. Il n’y a pas de point de départ, on ne repart pas à zéro. Des paranoïaques qui ont projeté leur inconscient partout, qui se sont sentis traqués, envahis. Et des dépressifs qui se sont mis à pousser des pierres jusqu’au sommet d’un rocher, les laisser tomber puis recommencer indéfiniment. Ca c’est drôle, parce que c’est rester dans une logique qui continue de s’articuler avec une origine qu’elle n’a plus. Non, ce n’est pas drôle du tout, c’est triste, parce qu’ils sont désemparés ces gens. C’est pareil, ils ne peuvent pas du jour au lendemain faire repartir à zéro leurs pensées, donc ils ont les mêmes mécanismes, mais un des éléments en moins, le leurre de l’origine disparu. Comment ils pensent ? Ben, non, ils boitent en fait… Et ils étouffent aussi. Une partie des mouvements de pensée du XXe siècle, c’est aussi toute une parade que l’on voit mise en œuvre pour tenter de retomber sur ses pieds ou fabriquer les mêmes rapports en cherchant d’autres éléments. Par exemple, il y a des scientifiques qui ne vont plus chercher la Vérité, ça ils ont compris que c’est bidon, mais ils vont chercher leur vérité. Ils sont sérieux. Ils ne se rendent pas du tout compte que c’est un trafic auquel ils se livrent pour maintenir et préserver leurs mécanismes. Il faut voir qu’ils font ce qu’ils peuvent et qu’ils résistent parce que ça leur fait peur ce qui s’effondre tout autour. Encore une fois, ils ne vont pas repenser à zéro, alors ils sont poussés dans leurs retranchements, c’est très beau à voir.


  Pourtant, en fait, il n’y a rien à faire. C’est idiot de forcer, ça se fait tout seul. Le leurre de l’origine tombe, il est tombé il y a longtemps, ça a mis du temps à se répandre. C’est fait. Il n’y a plus d’universaux au point qu’il n’y a pas non plus l’universel qu’il n’y a plus d’universaux. Il y a des gens qui vont arriver pour dire qu’il y a une origine, tant mieux. On n’est pas en train de fixer des points, donc il n’y a pas le point « ne pas fixer des points », s’il y a des gens qui fixent des points, c’est très bien. Ce qu’il faut voir, c’est que c’est la conception et le rapport aux choses qui sont bouleversés. Il ne faut pas retomber dans des mécanismes de définitions avec ça. Il faut sortir de ces mécanismes, non pas en repensant de zéro, mais en utilisant ce que ça rend possible. Là, on pense complètement différemment, on pense en termes de forces et de possibilités. On saisit les possibilités et on rend possible. Il y a des mouvements, des poussées, c’est pareil à échelle sociale ou à échelle individuelle, il y a des forces qui montent, qui saisissent la possibilité, par exemple, de ne plus penser en termes d’origine, et qui rendent possible de penser en termes de forces.

  Quelle différence ça fait ? Ce n’est pas difficile, c’est que tout à coup la pensée devient agissante. Disons que ce n’est pas la chose en elle-même qui compte, parce qu’on ne la définit plus, mais la force qu’elle exprime et la force qu’on peut en tirer. Parce que c’est ça, si on ne pense pas en termes d’origine, on dégage les forces. Et si on ne peut rien faire avec une définition embarrassante, et imaginaire en plus, avec la force, là alors…

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