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2 octobre 2007 2 02 /10 /octobre /2007 01:04

 

ponomarev/mescheryakov : shower

 

On peut regarder tout comme ça : « à quoi ça sert ? » et « comment c’est possible ? ». Je ne peux pas dire à quel point j’adore ça. Je peux aller jusqu’à ne plus jamais me demander « c’est quoi ? », « c’est quoi les dieux ? », « c’est quoi l’amour ? », « c’est quoi un homme ? », mais « à quoi ça sert ? ». À quoi ça sert, c’est-à-dire quelle est la puissance de ça, quelle est ma puissance avec ça et aussi comment c’est utilisé. J’adore cette question. On trouve tout génial avec cette question. Les dieux, c’est génial, ça sert à plein de trucs, ça n’existe pas en plus, c’est un truc qui marche alors que ça n’existe pas. L’amour, la masculinité, c’est pareil, ça marche très bien, il n’y a qu’à voir le nombre de gens qui « aiment » ou qui « sont » des « hommes ». Bon, bien sûr, je pourrais dire que c’est voué à l’effondrement, précisément parce que ça n’existe pas, donc ça ne marche pas tout seul, ça demande un effort hallucinant, inhumain, et puis les gens qui marchent avec ça, ils boitent – il faut être aveugle pour ne voir que des images – mais qui je suis pour dire ce qui marche ou pas. On peut faire une éthique avec ça : « est-ce que ça marche ? », « les dieux, ça marche pour toi ? alors c’est bien… pour moi, ça ne marche pas du tout, mais si ça marche pour toi, c’est très bien, tant mieux, rien à redire ». Ou encore : « les dieux, l’amour, l’identité, c’est aliénant, mais ça marche pour toi l’aliénation ? alors, c’est très bien, aliène-toi, à ta place, je ferais pareil, sans hésiter, si ça marche l’aliénation, c’est génial, tu aurais tort de t’en priver ». Je peux faire ça avec tout, je ne suis pas ironique là, je suis très sérieux : « ça marche pour toi l’alcoolisme ? la toxicomanie ? mais n’arrête pas, continue, c’est très bien, non mais franchement », « ça marche pour toi d’être de droite, de t’abrutir devant la télé, de t’abrutir en lisant de la philo, etc… ». Je fais tout péter avec ça, vous voyez, c’est drôle, non ? Je vais jusque-là : « le mal, ça marche pour toi ? alors c’est bien ».

Les choses et les trucs ont forcément une utilité. Il y a quelque chose comme un principe de nécessité suffisante qui veut que les gens, ils font ce qu’ils peuvent, ils ne font que ce qu’ils peuvent, même s’ils ne font pas tout ce qu’ils peuvent. Ça, c’est une éthique. Par exemple, les gens ne lisent pas la philosophie, c’est comme ça, dans l’ensemble, les gens ne lisent pas la philosophie, et ils ont raison ces gens, parce que ça ne leur sert à rien du tout la philosophie, ils ne vont pas perdre leur temps. Bon, en fait ils passent à côté de quelque chose d’immense, ils passent à côté d’outils qui marchent, mais ça ils ne le voient pas, évidemment, parce que les gens qui lisent la philosophie, eux, ils n’en font rien, ils ne s’en servent pas du tout, et même on peut dire que ça les assomme. Alors, les gens qui ne lisent pas la philosophie, ils ont raison, ils ne veulent pas être assommés. Ou alors ils trouvent d’autres trucs pour être assommés, des trucs qui marchent mieux pour eux. Peu importe, ce n’est pas grave, être assommé, si ça marche, c’est très bien. Quoi qu’il en soit, les gens, ils utilisent les choses ou les trucs en fonction de ce qui marchent pour eux. Je décris un rapport aux choses là, donc, je décris une appréhension à partir de cette histoire de puissance. Je l’étends aussi. Je peux dire pareil d’un système politique, ça tient tant que ça marche, il y a une révolution pour mettre en place un truc qui marche mieux quand l’ancien système ne marche plus, etc… L’idée, c’est que de toutes façons, si ça ne marche pas, on passe à autre chose, ça se fait tout seul.Alors, ça ne marche jamais vraiment, et ça ne marche jamais plus du tout. Ça c’est génial aussi. Ça fait qu’il y a encore des nobles, alors que la noblesse, ça ne marche plus depuis longtemps, ça fait qu’il y a toujours des croyants, des scientifiques, des amoureux, etc… Déjà, on voit tout ce que ça peut apporter. Poser son regard sur les choses et les gens sans chercher à les définir, c’est-à-dire à les mesurer à un idéal, par exemple une morale, mais simplement en se demandant comment ça marche, rien que ça, ça change tout un rapport, ça le libère d’un poids hallucinant, ça fait péter tellement de trucs. Maintenant, est-ce que c’est un idéal que ça marche ? Je repose la question autrement : à quoi ça sert que ça serve ? Alors là, il faut dire : à rien, ça ne sert à rien. C’est très important de le dire à ce moment-là, que ça serve, ça ne doit servir à rien. Ça ne peut pas être un but, on ne peut pas faire une échelle de valeurs avec ce qui marche mieux et ce qui marche moins bien, sinon on retombe dans les mêmes histoires que la morale, le bien et le mal, si ce n’est qu’on met le mot « marche » avant : « ça marche bien, ça marche mal », non, ce n’est pas possible. Que ça marche, ce n’est pas un but, ce n’est pas censé devoir marcher. Il se trouve que ça marche, c’est comme ça que ça se passe, ça marche. Ce n’est pas un truc vers lequel on tend, on n’aspire pas à marcher, on marche, on ne court pas après. Je vais le dire autrement pour ceux qui suivent mon travail : ce n’est pas une absence, c’est une présence, ce n’est pas un signe, c’est un signal, ce n’est pas inconscient, c’est aconscient. En d’autres termes, j’insiste, il faut aller jusqu’à concevoir que, que ça marche mal, ou que ça ne marche pas, c’est comme ça que ça marche pour des gens, et que si ça marche pour eux de ne pas marcher, c’est très bien.

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commentaires

Jean georges 17/11/2009 18:15


Ce patchork d'image passe trop loin de ma capacité visuelle pour y trouver un brin de philosophie.
Quant au texte, le désordre, prémedité, des mots revient toujours au même thème cher a Hamlet " etre ou ne pas etre " question sans réponse claire jusqu'à ce jour. JG.


ouam-chotte 05/04/2008 11:41

...Moi j'aimerais être capable de m'assommer avec des produits pareils aux tiens. Je veux dire la philo par exemple. Les rares fois où j'ai tenté le truc, oui, j'ai éprouvé l'outil, ses formidables possibilités. Ma drogue c'est le vide. Et ça marche pas mal.

claude pérès 08/04/2008 02:32


Il n'y a pas de choses assommantes, il n'y a que des gens assommés, c'est-à-dire des gens qui s'assomment avec tout ce qu'ils peuvent, y compris avec des trucs qui n'existent même pas, le vide par
exemple. ;-)


Danielle 15/03/2008 21:03

Bonsoir ! un ptit coucou ! bonne soirée et bon week end ! bisous !

Alicia 28/12/2007 10:02

1/ intéressant même je ne suis pas si sûre que tout se tienne...et d'abord parce que : 2/c'est impossible sur un texte aussi long d'utiliser une couleur de fond et d'écriture aussi vibrantes...voir la police, je sais pas...mais y a un truc, ça me fait loucher à force!

Querelle 03/10/2007 14:47

A moins qu'ils n'en aient conscience ???J'adore comment tu fais du forcing avec des idées et tes démonstrations, j'aimerai savoir faire ça