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23 septembre 2007 7 23 /09 /septembre /2007 02:21

  Rubén Ramos Balsa :

Ce n’est pas vraiment un combat, lutter contre le désir et les images, parce que de toute façon ça s’effondre pour tout le monde. Je veux dire, il n’y a pas une personne qui ne soit confrontée dans sa vie à l’effondrement de son désir. Ca ne sert à rien de lutter là-contre, puisque c’est un leurre qui ne repose sur rien. Le travail de lutte contre le désir, le désir le fait lui-même. D’ailleurs, il y a un truc tacite qui veut que ceux qui ont déjà renoncé regardent avec bienveillance ou moquerie ceux qui s’agitent encore en attendant, plus ou moins patiemment, le spectacle de l’effondrement de leur désir, parce que c’est un spectacle, et pour ceux qui ont déjà renoncé, c’est un spectacle rassurant évidemment. Par exemple, il y a une grande partie de la France qui attend aujourd’hui que son président, « tellement en mouvement qu'on se demande ce qu'il fuit », s’effondre. Et on peut dire que cet homme, tout le bruit qu'il fait, ce n'est pas autre chose que le vacarme de son effondrement.
 
Il y a d’un côté des gens qui refusent de se résoudre à l’impuissance, à la castration fondamentale de cette société, mais qui refusent avec des mécanismes qui font partie de cette impuissance : le rêve, l’espoir, le combat, la contestation, etc… Mais ils ont raison ces gens, de ne pas renoncer, de ne pas se résigner, de hurler, de tout casser, de dire non de toutes leurs forces, jusqu’à faire passer ce refus avant leur survie, jusqu’à la conditionner à lui. Et de l’autre côté, il y a ceux qui attendent qu’ils s’épuisent ou que la vie leur donne tort et qu’ils fassent comme eux, qu’ils se résignent. Et comme j’ai commencé par là, il y a un moment où on se rend compte qu’on désir l’impossible, qu’on est impuissant, que même se battre contre l’impuissance, c’est un truc d’impuissant. Ca, c’est quand même le truc le plus génial de cette société, réussir à nous rendre fondamentalement impuissants, faire que même nous débattre nous enlise, c’est le tour de passe-passe le plus ahurissant. Désirer, ce truc sur lequel on fonde toute notre activité, c’est déjà se faire piéger par l’impossible et l’impuissance. Et au bout du désir, au bout de l’impossible, il n’y a rien, il y a des bourgeois soumis qui attendent la mort qui tarde. Ils n’ont plus d’envie, plus rien ne les anime, c’est fini, c’est bon, pour peu qu’ils se soient reproduits, ils sont déjà pratiquement enterrés et on peut passer aux autres.

Alors, c’est là que le concept de puissance change tout. C’est très concret tout ça, c’est avec ça que la vie est possible ou pas. La puissance, ça n’a rien à voir avec le désir, c’est affaire de jouissance, d’avoir la jouissance des choses. Bon, par exemple, il y a toute cette histoire de libido, d’Eros, etc… il y a toute cette énergie qui nous meut, qui est fondamentalement castrée – qui est castrée par l’image donc – bon… mais enfin, quand même, ce n’est venu à l’idée de personne qu’il y a une énergie bien plus fondamentale que la libido, une énergie qui n’est pas plastique, qui ne se projette pas, qui ne régresse pas, qui ne se sublime pas, qui ne se laisse pas faire, qui est intrinsèquement insoumise, irraisonnable, sauvage, qui est la faim. Ce n’est pas la libido qui tend toute notre activité, ce n’est pas vrai, c’est une entourloupe, c’est une escroquerie de concevoir ça, une escroquerie énorme et grossière. Notre activité est portée par la faim. Et la faim, elle se nourrit de ce qui est possible, elle savoure, elle puise sa force, elle extraie son énergie de l’essence des choses, elle jouit. La faim est fondamentale et asociale et face à elle aucun désir, aucun impossible, aucune escroquerie, aucune société ne peut faire le poids.
 
 

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commentaires

myriam 23/09/2007 12:34

:-)