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5 août 2007 7 05 /08 /août /2007 09:45
  Je vais prendre un exemple. J’ai joué avec un enfant aux « épées magiques ». On avait deux bâtons phosphorescents qui devenaient des épées, donc, avec lesquelles on se battait. On était déjà dans le symbolique. Il n’y avait aucune règle au départ puisque le jeu, on l’inventait au fur et à mesure. Je l’ai vu, cet enfant, élaborer les règles : si on touche avec la tranche du bâton telle partie du corps, ça la coupe toute entière, par exemple si la main est touchée par la tranche, on ne peut plus s’en servir, avec la pointe, par contre, ça localise le coup, on ne peut plus se servir du doigt, etc… Si on touche de la pointe le côté gauche de la poitrine, c’est le cœur, donc on est mort. Il criait : « tu es mort ! je suis mort ! » avec une certaine jubilation. Ensuite, est venu le moment où la pointe a touché le côté droit de la poitrine. Quand c’est sur la main que l’on pointe, on perd le doigt donc, on perd la partie concernée, quand c’est sur le côté gauche de la poitrine, on perd le cœur, bon, sans le cœur, c’est fini, mais là le côté droit, ce n’est pas divisible, comment on localise les conséquences du coup ? Je l’ai vu chercher ce qu’il pouvait faire de cette action, comment ça s’insère dans la chaîne, qu’est-ce que ça peut vouloir dire, qu’elle conséquence ça peut avoir ? J’ai triché avec la règle, j’ai fait comme si on tranchait, j’ai proposé qu’on ne puisse plus se servir de la partie droite du corps. Ca allait, on pouvait insérer le coup dans la chaîne, on avait trouvé une règle, une convenance, un accord, même s’il était truqué, telle action voulait dire telle conséquence, ça tenait, c’était bon. On a continué de jouer et on a souvent perdu les côtés droits de nos corps donc.

  Bon, je dis que la science, les dieux, la loi répondent au même besoin de convenances pour situer les individus les uns par rapport aux autres. Je ne dis pas que tout est langage ou que tout fonctionne comme le langage, désolé Lacan, je dis que tout est structure de convenance, le langage y compris. Qu’est-ce que ça veut dire ? Quelle conséquence ça a, donc… Ca fait que notre être est subtilisé dans ce trucage, que ce qu’on croit être notre être, notre personnalité, notre Moi, ne sont que des fabrications convenues pour s’insérer socialement et que l’on consacre notre existence entière non pas à être mais à se situer dans la société. Ca veut dire que le caractère, au sens de personnalité comme de signe, la persona de Joung, le rôle social que l’on tient en se construisant telle personnalité, s’élabore à la place, au lieu et plutôt que, notre être. Qu’on passe notre temps à se dépêtrer dans les conséquences que ce que l’on est, fait et dit prennent dans cette chaîne sociale plutôt que d’être, que même on fait et dit pour se situer dans la chaîne, quitte à ne pas être. Concrètement, ça fait que toute notre existence sera passée à se demander quelle conséquence ça a de pointer un bâton sur le côté droit de la poitrine parce que ça ne peut avoir de sens qu’à être avalé par la chaîne.

  A partir de là, qu’est-ce que je raconte d’autre. Je dis qu’il y a un être qui résiste à ce trucage aliénant. Qu’il y a une existence impuissante qui cherche à être, qui se développe dans cette recherche à la condition de ne jamais trouver, qui substitue la réalité à cette chaîne indéfinie qui, n’aboutissant à rien, donne quand même l’illusion d’être immortel, et qu’à côté il y a un être qui ne cherche pas, qui trouve, merci Picasso. Je dis qu’il y a une réalité dans l’action de pointer un bâton sur une poitrine. D’abord, cette action, elle est réelle à n’avoir aucune conséquence dans une chaîne de conventions. Elle ne veut rien dire, elle n’implique rien, elle n’a aucune valeur en soi. Elle ne peut donc certainement pas être faite pour ça, situé son agent et son patient dans la chaîne. Qu’est-ce que je fais quand je parle ou quand je lève le bras, parce que ce sont des actions aussi ? Je ne lève pas le bras pour rien, il n’y a qu’en danse qu’on lève le bras pour rien, ou pour faire joli, pour renvoyer à un idéal, et cette danse-là, elle est quand même sacrément mauvaise, je lève le bras pour repousser ou attirer quelque chose et quelque chose dont j’ai besoin, parce que je ne déploie pas mes efforts pour quelque chose qui ne m’est pas nécessaire, c’est comme ça, il y a quelque chose qu’on pourrait appeler un principe de nécessité suffisante qui se vérifie partout, dans les échecs des révolutions, qui répondent à des besoins cohésifs plus qu’à l’espoir d’un monde meilleur, dans les muscles que les gens développent en fonction de ceux qu’ils sollicitent par rapport à leur besoin, pareil pour leur intellect, qui fonctionne comme un muscle, etc… La parole, c’est la même chose, je dis oui ou non pour répondre à mes besoins, et mes besoins ce n’est pas de parler pour ne rien dire afin de me situer dans la société, encore que je comprendrais qu’on me dise que je parle pour ne rien dire, mais enfin… Je vais jusqu’à dire que ça n’a pas de signification, la parole, ça n’a aucun sens, ça ne renvoie à rien d’autre qu’à mes besoins.

  Donc, je dis l’être, ça ne se met pas dans une case, la personne que l’on construit, le Moi, ça se situe socialement, on est un homme, on a telles émotions, telles pensées qui font qu’on est tel homme au regard de l’idéal homme etc… oui, mais l’être, ça déborde cette personne, c’est sans commune mesure, ce n’est ni un homme ni une femme, ni bien ni mal, ni bon ni mauvais, tant pis pour Spinoza, ni beau ni laid, merci Rimbaud, ce n’est pas reconnaissable, ça ne ressemble à rien. L’être, ça ne renvoie pas à une chaîne, c’est déchaîné l’être, ça ne comprend pas la chaîne, ce n’est pas pris avec et emporté, c’est fondamentalement réfractaire. Ca a des nécessités, une puissance pour y répondre. Et ça jouit. Ca ne désire pas, puisque ça trouve : ça jouit. Je pense que c’est clair, cette fois, non ?

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