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11 juillet 2007 3 11 /07 /juillet /2007 05:25
  Ce n’est pas vrai, on ne disparaît pas comme ça. Non, mais franchement. Croire qu’une personne ne tient qu’à ça, son désir spéculaire, dont la satisfaction le ferait disparaître avec lui, croire qu’une personne n’est qu’une vue de l’esprit, mais ce n’est même pas concevable que ça ait pu être pensé, formulé, accepté tel quel. C’est comme de dire qu’il y a des sorcières ou des fantômes ou des dieux. C’est de l’ordre de l’obscurité ignorante. Si des êtres humains ne fondaient pas leur aliénation sociale sur ça, ce serait à mourir de rire. Ou alors c’est à mourir de rire que des gens, avec toute la virtuosité de leur intelligence, se laissent réduire à ça, des images, du vent, sur lesquels ils construisent leurs vies entières. Oui, ça doit forcément être une plaisanterie. Que des êtres humains se laissent ravir dans leur chute sociale. Quand je dis ravir, je veux dire que ça leur plaît aussi. Il n’y a qu’à voir comment les gens aiment et comment ça les abrutit. Oui, à bien y réfléchir, enfin bien, c’est une façon de parler, c’est comique de voir des êtres humains disparaître dans une spéculation conçue pour les empêcher de disparaître.

  Mais disparaître de quoi ? Disparaître d’où ? Qu’est-ce qu’il y a de si précieux qui ne doit pas disparaître ? Qu’est-ce qu’il y a de menaçant et qu’est-ce qu’il y a de menacé ? Ce n’est pas difficile, il n’y a qu’à le vivre, ce désir, il n’y a qu’à – il n’y a qu’à : c’est facile, c’est tellement facile – pour voir ce qui disparaît. C’est marrant que toute cette agitation empirique n’ait jamais essayé ça : réaliser le désir/désirer la réalité, rien que pour voir. Non mais essayer vraiment, pas avec des arrangements qui répondent à un désir imaginaire et donnent tort à la réalité, il faut se donner les moyens de l’expérience quand même. Eh bien ce qui disparaît avec la satisfaction du désir, ce que la jouissance pulvérise, c’est la construction imaginaire moïque, c’est ce sur quoi on construit notre identité sociale, ce avec quoi on est asservi. Il y a des gens, moi par exemple, même si mon moi est atomisé, pour trouver ça très vivable, assez en tout cas pour ne pas dissuader ceux qui seraient tentés de le (satis)faire.

  Alors voilà, la satisfaction ne tue pas, la douleur ne tue pas non plus, de là à dire que ça rend plus fort, oui, sans problème. Je dis que se maintenir dans le mirage spéculaire et imaginaire, de donner sens à tout et de courir indéfiniment après une cohérence dyadique, c’est de l’esclavagisme. Il y a des gens qui ont peur des fantômes, qui se laissent mourir par peur des fantômes, mais si j’ai bien compris, un fantôme, c’est déjà mort, ça ne peut pas tuer. Après je suppose que ce fantôme, c’est celui de l’être qu’ils ont tué pour se laisser asservir, mais enfin, encore une fois, c’est imaginaire tout ça, c’est du vent. Derrière le mirage, il y a un corps, il y a la réalité et la puissance du corps et ce ne sont pas des petits problèmes existentiels narcissiques qui peuvent le tuer.

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