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3 juillet 2007 2 03 /07 /juillet /2007 05:59
  On regarde le monde. Je suppose que c’est un devoir. Voilà, il y a des gens qui s’entretuent là, il y en a qui meurent de faim là, etc… Surtout, etc. Notre regard sur le monde se perd précisément dans cet etc. On regarde le monde. Je ne sais pas si on en pense quelque chose. Je ne sais pas si c’est pensable. C’est un truc d’images. Une image, c’est vide. Les images d’une mère qui pleure la mort de son enfant, c’est vide, ça n’est chargé de rien, ça veut dire que ça se prête aux projections narcissiques des gens qui la regardent, qui l’investissent de ce qu’ils veulent y mettre : par exemple de leur dépression, leur délire de s’affliger de la douleur du monde ou alors de leur satisfaction complaisante de leur petit quotidien résigné. La mère qui pleure son enfant, franchement, honnêtement, tout le monde s’en fout. Si on l’entendait, je dis entendre pour ne pas dire voir, je pourrais dire sentir, ou n’importe quel autre sens que la vue, parce qu’avec la vue, ça ne marche plus, c’est déformé, donc si on l’entendait oui, on a une faculté d’empathie telle qu’on ne pourrait pas s’en foutre, mais là on s’en fout. Je ne croirai personne qui me dirait le contraire. Ce que les gens voient dans les images, je ne sais pas, de cris, de pleurs, de suppliques, c’est ce qu’ils y mettent : leur propre image à eux. C’est tout. Les gens, peu importe qui, quand on dit les gens, c’est personne, les personnes qui regardent le monde, ils faut bien qu’elles en fassent quelque chose de ce qu’elles regardent. On leur dit qu’on ne peut pas ne rien ressentir, ne rien penser en voyant une femme qui pleure son enfant, on leur dit que pour être une personne bien, l’image d’une personne donc, on doit ressentir quelque chose quand on voit une femme qui pleure son enfant, ou autre chose, c’est souvent lié aux femmes et aux enfants, ça passe mieux de s’en foutre quand c’est des hommes. Les hommes, c’est leur problème, les femmes déjà moins et les enfants alors là… Donc les gens, ou personne, investissent l’image vide de la femme qui pleure du vide de leur image à eux. Cela dit, ça ne leur coupe pas l’appétit. Ca n’empêche personne de vivre de regarder le monde. Il n’y a pas des grèves de la faim pour que l’O.N.U soit dotée d’une instance juridique et policière supra-nationale. Il n’y a personne pour sanctionner les Etats-Unis pour Guantanamo ou la peine de mort ou toutes leurs magouilles diplomatiques qui se retournent toujours contre eux au final, les Etats-Unis ou d’autres, la majorité des pays ont signé des traités qu’ils n’appliquent pas, il suffirait d’une instance qui se charge de leur faire appliquer et qui les sanctionne. Donc on fait en sorte que ça reste vivable de regarder le monde. D’où l’utilité d’en faire quelque chose de ces images, de les occuper, avec sa dépression ou sa complaisance ou autre, peu importe, pour que ça soit vivable. Le pouvoir, ce n’est jamais que ça, je parle du pouvoir là, pas de la puissance spinoziste, je parle du pouvoir qu’on a sur le monde qu’on regarde par exemple, ou du pouvoir que l’O.N.U. n’a pas ou du pouvoir des gens, disons des chefs, sur lesquels l’O.N.U. n’a pas de pouvoir. Le pouvoir, c’est l’investissement d’une image. Ca peut être l’investissement d’un rôle, genre chef de l’Etat, c’est un rôle, père aussi, homme, enfant, chien, tout ça c’est des rôles, des images vides. Et du pouvoir, on n’en fait rien, on investit le rôle, on fait les trucs qui nous font ressentir qu'on «habite le rôle», mais c’est tout, parce que c’est vide, c’est une image, c’est-à-dire c’est à côté de la réalité. Donc, on regarde le monde, on investit ce qu’on regarde, on en fait quelque chose, là où on ne peut rien en faire, parce que la douleur du monde, c’est forcément impossible, mais comme on conscientise tout par rapport aux images et au miroir lacanien, on s’en sort, ça n’est pas réel, la femme qui pleure, ça ne coupe pas l’appétit, parce que ce n’est pas réel. On remplit des trucs vides qui couvrent la réalité. Pendant ce temps-là, il y a des gens qui s’entretuent ou qui meurent de faim, réellement, dans la réalité, mais le pouvoir dans la réalité ne peut rien, parce qu’il vise les images.

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Published by claude pérès - dans En Ville (Politique)
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