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23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 07:21
  La consultation référendaire de la Constitution européenne a constitué un moment profond de démocratie. On a vu des peuples, français et néerlandais donc, puisque les espagnols n’ont été appelés à se prononcer que sur les deux premières parties du projet, s’approprier des textes techniques, les étudier, les discuter, les contester. On les a vus découvrir concrètement l’âpreté bureaucratique de l’Europe et on les a vus aussi ne pas se laisser intimider, et faire bon usage de la parole qui leur était donnée. On n’avait pas vu un moment aussi fort de démocratie depuis longtemps, au moins aussi longtemps que le prochain qu’on peut toujours attendre et espérer voir.

  Le non français et néerlandais a été interprété par les diplomates comme l’incapacité des peuples à se prononcer sur des sujets aussi techniques et la porte démocratique que la consultation entrouvrait fut aussitôt refermée. On a préféré remettre en cause les voix de millions de gens plutôt que le projet lui-même. Devant l’embarras que le non a provoqué, ces diplomates ont préféré confisquer le projet de traité en le reprenant des mains du peuple et se livrer entre eux aux querelles, aux rapports de force, aux compromis, auxquels on vient d’assister ces deux derniers jours, pour colmater la brèche démocratique ouverte par le non.

   On a vu, par exemple, le terme de « haut représentant » préféré à celui de « ministre des affaires étrangères » pour ménager la volonté souverainiste des anglais ; ou encore la concurrence « libre et non faussée » disparaître des objectifs de l’Union, pour plaire au 55% des français qui ont dit non, même si cet objectif reste présent dans l’ensemble du traité ;  ou enfin le report en 2014 l’entrée en vigueur du nouveau système de vote à la majorité qualifiée que la chancelière allemande a cédé aux exigences de la Pologne. Ce n’est donc pas l’énergie, ni la ténacité, ni même l’imagination qui manquent à ces « représentants » de leurs peuples pour ménager les exigences, les susceptibilités et les impératifs des uns et des autres.

  Il resterait à savoir pourquoi ces « représentants » préfèrent déployer leur capacité immense de persuasion et de compromis entre eux, en tenant à l’écart les peuples. A ce jeu frénétique et orgueilleux auxquels se sont livrés ces hommes et femmes d’état, mettant à l’épreuve, avec une complaisance infantile et morbide, leurs influences et leurs pouvoirs, c’est la démocratie qui est mise en échec.

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Published by claude pérès - dans En Ville (Politique)
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